Voltairine de Cleyre (1866-1912)
Voltairine De Claire (elle adoptera la graphie « de Cleyre »), née le 17 novembre 1866 à Leslie au Michigan (Etats-Unis), est la fille cadette de Hector De Claire et de Harriett Billings. Son père, d'origine française, avait émigré aux Etats-Unis à l'âge de 18 ans. En 1879, elle est envoyée chez son père (séparé de sa famille au début des années 1870) à Port Huron et, au mois de septembre de l'année suivante, il la place au couvent à Sarnia (Ontario, Canada). Elle y reste jusqu'en décembre 1883 – période qu'elle jugea plus tard comme la plus noire et la plus triste de son existence. Voltairine commença à gagner sa vie en donnant des cours privés (entre autres de français). Fin 1885, elle se déclare athée et collabore à un hebdomadaire libre-penseur de Grand Rapids. Après le drame des martyrs de Haymarket à Chicago (1886), elle se déclare socialiste puis rapidement anarchiste. En 1891, elle enseigne aux juifs immigrés de Philadelphie, apprenant à lire et, plus tard, à écrire le yiddish. Elle écrit, traduit et publie aussi de nombreux articles politiques, des nouvelles et des poèmes. Son anarchisme, d'abord individualiste et inspiré par Benjamin Tucker, se transforme sous l'influence de Dyer D. Lum en mutualisme. Vers la fin du siècle, elle développe sa propre forme d'anarchisme « sans adjectifs », plaidant pour la coexistence des différentes formes d'engagement. En juin 1897, elle entame un voyage en Europe, passant quatre mois en Grande-Bretagne, y rencontrant Pierre Kropotkine, Louise Michel, Tárridá del Mármol, Max Nettlau… Au mois d'août, elle arrive à Paris et rencontre, entre autres, Sébastien Faure et des collaborateurs du Libertaire. Elle retourne aux Etats-Unis fin octobre, après avoir fait une tournée de propagande en Ecosse. Le 19 décembre 1902, alors qu'elle se rend à son cours, un de ses anciens élèves tire sur elle à trois reprises avec un pistolet. Souffrant des conséquences de l'attentat et de maladies chroniques, elle est hospitalisée pendant quelque temps en 1904 et, l'année suivante, tente (pour la seconde fois) de se suicider. Peu après, elle reprend ses activités militante, donnant régulièrement des conférences, écrivant des articles dont beaucoup sont publiés dans Mother Earth d'Emma Goldman. Elle s'installe en 1910 à Chicago où elle enseigne tous les dimanches à la nouvelle Ecole moderne, inspirée par Francisco Ferrer. Au printemps 1911, elle s'enthousiasme pour la révolution mexicaine, commençant une remarquable campagne de soutien et écrivant régulièrement pour Regeneracion, le journal de Ricardo Flores Magón. Abandonnant son pacifisme tolstoïen de naguère, elle espère une révolution sociale qu'elle voit naître au Mexique. En avril 1912, elle tombe malade d'une sinusite qui entraîne des complications. Après avoir subi deux opérations inutiles, elle demeure paralysée et décédera à l'hôpital de Chicago le 20 juin 1912. Sa dépouille est enterrée au cimetière de Waldheim, près du monument aux martyrs de Haymarket.
(D'après Heiner Becker, « Itinéraire » n° 5.)

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