L’anarchiste

Oui, parfait’ment, j’suis anarchisse,
Je d’mand’ qu’on supprim’ les abus ;
Je d’mand’ à c’qu’on nous fass’ justice…
Non, pas d’justice, y n’en faut plus.

Ça gên’ ceuss’ qu’est dans la mélasse…
La mélass’… d’abord n’en faut plus ;
Les patrons doiv’nt céder leur place
Puis des patrons… y n’en faut plus.

Ils s’font construir’ des grand’s bâtisses,
Les bâtiss’s… d’abord n’en faut plus ;
On log’ra comm’ les écrevisses…
Puis les écreviss’s... n’en faut plus.

Ça sert à nourrir des cocottes,
Des cocott’s. Ah ! non, n’en faut plus ;
Ell’s n’font qu’vous tirer des carottes…
Puis des carott’s... y n’en faut plus.

Tout l’monde y bouff’ra d’la morue…
Non, d’la morue, y n’en faut plus,
Y en a déjà trop dans la rue…
Et puis les rues y n’en faut plus.

On fourr’ des noms d’saints sur leurs plaques…
Des saints… Ah ! non, y n’en faut plus ;
Sauf ceux des femm’s sous leurs casaques…
Mais des casaqu’s… y n’en faut plus.

Les corsag’s… ça me scandalise,
Des corsag’s… d’abord n’en faut plus,
Suffit d’êtr’ vêtu d’un’ chemise…
Et puis des ch’mis’s, y n’en faut plus.

Sur l’plastron des notair’s ça brille,
Puis des notair’s… y n’en faut plus ;
Comm’ des croqu’-morts, on les habille,
Puis des croqu’-morts, y n’en faut plus.

Chacun il s’enterr’ra soi-même,
Des enterr’ments… non, n’en faut plus ;
Faut plus rien… plus d’terr’, plus d’systèm’,
Plus d’homm’s, plus d’femm’s… y n’en faut plus.

Faut qu’y ait plus qu’des socialisses,
Quand l’ démolissag’ s’ra complet,
Eh bien ! nous, les brav’s anarchisses,
Nous rétablirons c’qu’y avait.

Fermer la fenêtre