Le petit Toto

I
Le petit Toto,
Recevant d’son père
Un joli couteau,
Ne savait qu’en faire,
L’papa dit au galopin
Ça s’ra pour couper ton pain,
Ton bifteck, et puis
Peler quelques fruits,
Couper un cordon,
Tailler un crayon
A part ça, cher Toto,
Faut pas t’servir d’un couteau.

II
Le petit Toto,
En adolescence,
S’en fut un tantôt
Pour servir la France,
On lui donna sur le rang
Un couteau dix fois plus grand,
Pour aller brav’ment
Occir’ les All’mands.
Plus t’en zigouill’ras
Tant mieux ça vaudra,
Et t’auras un’ bell’ croix
Toute en or, ou bien en bois.

III
Le petit Toto
Revint d’la bataille
Avec sur l’pal’tot,
Un p’tit rond d’féraille
Les vieill’s gens, à son aspect,
S’inclinaient avec respect,
Son ancien patron
Lui donna quelqu’s ronds,
Et de toute part
On l’gavait d’pinard,
Bref Toto faisait l’gros
Bien content d’être un héros.

IV
Le petit Toto
Après la victoire
Sans travail, bientôt,
Fut dans un’ dich’ noire.
Comm’ ça n’le lui faisait plus rien
D’refroidir un citoyen,
Pour son compt’ cett’ fois
Supprime un bourgeois,
Mais voyez l’succès :
Le peuple français
Par ses jug’s, l’envoya
Se morfondre à Nouméa. (1)

(1) A l’île Nou exactement, un des pénitenciers du bagne de Nouvelle-Calédonie, en face de Nouméa.

Fermer la fenêtre

 

 
 

Le pain maudit

I
Chaque jour, bénissant le pain,
Cadeau de la bonté céleste,
Le prêtre veut que tout humain
Contrit, se courbe sous un geste ;
Même admettant d’un créateur
La plus que scabreuse hypothèse
A cet ordre, un libre penseur
Debout, peut répondre, fort aise ;

Refrain
De ton idole au cœur flétri
Cesse de chanter des louanges ;
Curé, le pain blanc que tu manges
Ce n’est pas Dieu qui l’a pétri !

II
Tel été, comme tous les ans
Où la Nature fut prospère,
Très recueillis, les paysans,
Remerciaient leur divin père ;
Jamais le blé ne fut si beau
Ni si prometteuse, la gerbe,
Lorsqu’en un seul jour, un fléau,
Brûla jusqu’au dernier brin d’herbe !
Au refrain

III
Quitter les champs anéantis
Chercher, même en traversant l’onde
D’autres moissons pour ses petits,
C’était narguer le roi du monde ;
L’ouragan vengeant son orgueil :
Brisant les mâts, trouant les voiles,
Rejeta l’homme sur l’écueil
Au rire narquois des étoiles !
Au refrain

IV
Défiant ton maître et ses flots
En la fureur de leur démence,
Pour porter mille matelots
Se construisit une arche immense ;
Quand l’homme arrachait le charbon
Qui lui fallait pour sa machine,
Le Tout puissant juste et si bon
Lança le grisou dans la mine !
Au refrain

V
Lorsqu’invincible, il fut au bout
De son calvaire insurmontable,
L’homme fit du pain malgré tout,
Vois donc, ta part est sur la table !
Dis-nous, vas-tu nier encor,
Par ta faconde désinvolte
Que la source de ce trésor
Soit entière dans la révolte !
Au refrain

Fermer la fenêtre

 

 
 

L’athlète

I
Voici le portrait d’un ami
(Je suis l’ami de tout le Monde)
Vous le rencontrerez parmi
Qui vous côtoyez à la ronde ;
Il est taillé
Comme un Titan,
Il n’est sans lui
Nulle puissance,
Mais croit devoir l’obéissance
Au moindre charlatan !
Voilà, voilà, voilà l’Athlète,
Grand, fort et bête.

II
Bravant la rigueur des saisons,
Froid glacial, soleil torride,
Il fait surgir amples moissons,
Même du sol le plus aride ;
Par son travail, vainquit la faim
Qui désolait jadis la Terre,
Pourtant il vit dans la misère
Grugé par l’Aigrefin :
Voilà, voilà, voilà l’Athlète,
Grand, fort et bête.

III
Par ses bras, le fer, le granit
Maitrisés, prennent mille formes
Sa persévérance munit
Le Monde de Cités énormes ;
Dans les Palais qu’il a construits
Ses Faux Dieux seuls ont droit d’asile
Pendant qu’il niche, humble et docile,
En de lépreux réduits :
Voilà, voilà, voilà l’Athlète,
Grand, fort et bête.

IV
Agitant un morceau de bois
Agrémenté de quelque étoffe,
Qu’un nabot donne de la voix ;
C’en est fini du Philosophe ;
Le pacifique et doux Géant
Par ce brandon, l’âme empaumée
Servant l’orgueil du vain pygmée,
C’est la course au Néant !
Voilà, voilà, voilà l’Athlète,
Grand, fort et bête.

V
Péroraison de ce placet
De forme badine et plaisante :
Vous avez bien compris que c’est
Le peuple que je vous présente ;
Ces quatre mots de Vérité
Lui montreront le Ridicule
Qui l’avilit et l’émascule :
J’ai toujours souhaité,
Le voir cesser d’être l’Athlète,
Grand, fort et bête.

Fermer la fenêtre

 

 
 

Travaillez !
Accompagnement de Ch. Brandicourt

I
Eh bien, voyons mes compagnons,
Votre bel entrain se relâche,
Vous êtes maussades, grognons,
Et boudez par trop à la tâche
Je fus ouvrier comme vous,
Vous savez un vieux de la vieille ;
Avant de me mettre en courroux,
Permettez que je vous conseille :

Refrain
Travaillez ! Travaillez !
Reprenez courage,
Du matin au soir, ayez
Du cœur à l’ouvrage !
Travaillez ! Travaillez !
C’est l’avis d’un sage
Car le travail c’est la santé,
Le bien-être et la liberté.

II
Depuis que nous collaborons
Si vous faites bien mon affaire
Je suis plus copain que patron,
Et vous donne un royal salaire ;
Vous avez beau me déclarer :
Ce n’est pas vraiment la richesse
Il ne tient qu’a vous d’assurer
L’aisance de votre vieillesse
Au refrain

III
Si vous écoutez les meneurs
Qui trouvent l’époque critique,
Moi, je les fuis, pour mon bonheur
Je ne fais pas de politique !
Si le travail me semble amer,
Il me procure les délices,
L’été, d’aller aux bains de mer
Et de passer l’hiver à Nice !
Au refrain

IV
Dites, Messieurs, mon argument
Serait-il rempli de lacunes,
Je parle sérieusement
Vous semblez tomber de la lune !
Puisque vous n’avez pas saisi,
Ecoutez bien je vais vous mettre
Nettement les points sur les i ;
Lors vous me comprendrez peut-être !

Dernier refrain
Travaillez, travaillez !
Reprenez courage,
Du matin au soir, ayez
Du cœur à l’ouvrage
Travaillez, travaillez !
C’est l’avis d’un sage
Votre travail c’est ma santé,
Mon bien-être et ma liberté !

Fermer la fenêtre

 

 
 

C’est pour les prolos

I
Nous vivons, dit-on sous un régim’ de liberté
De fraternité
Et d’égalité
Ces mots sont gravés sur le fronton des monuments
Mais, pour moi, c’est un bluff tout simplement ;
Car en observant bien
La vi’ d’chaqu’ citoyen,
C’est loin d’être, ici-bas,
Pour tous, le mêm’ tabac !

Refrain
S’creuser l’ciboulot :
C’est pour les prolos ;
Vivre en fins matois :
C’est pour les bourgeois ;
La débin’, c’est pour la populace,
La quiétud’, c’est pour les « gens en place »,
Les plus durs boulots :
C’est pour les prolos
Rien fich’ de leurs doigts :
C’est pour les bourgeois ;
Ils devienn’nt gros et gras
Comm’ leurs frèr’s, les verrats ;
La peau sur les os :
C’est pour les prolos !

II
Bien que pour personn’ ça n’soit vraiment joli,
Parfois l’on faiblit,
Commet un délit ;
Aussi d’voir que not’vertu ramass’ des p’tits accrocs
Madame Thémis se fâche et montr’ les crocs,
Elle a plus d’attentions
Pour qui brass’ des millions
Que pour le pauvr’ copain,
Qui chip’ quat’ livr’s de pain !

Refrain
Etr’ traités d’salauds :
C’est pour les prolos !
Les reproch’s courtois :
C’est pour les bourgeois !
Les rigueurs, c’est pour la populace ;
L’indulgenc’, c’est pour les « gens en place » !
Les plus noirs cachots :
C’est pour les prolos ;
Faveurs et pass’droits :
C’est pour les bourgeois ;
Les aveux spontanés
Sag’ment déterminés
A grands coups d’croqu’nots :
C’est pour les prolos !

III
Quand s’persuadant que tout vraiment n’va pas très bien,
Les brav’s citoyens
D’vienn’nt politiciens
Fébrilement ils fond’nt des partis et des comités
Pour qu’arriv’nt viv’ment les beaux jours souhaités ;
Ils choisiss’nt un gueulard
Culotté, très roublard
Qui leur promet l’grand soir
Au moyen d’l’isoloir !

Refrain
Les doux trémolos :
C’est pour les prolos !
Les gros éclats d’voix :
C’est pour les bourgeois !
Mais comment qu’il lâch’ la populace
Aussitôt qu’il se sent « Bien en place » !
Il vot’ des impôts
C’est pour les prolos !
Elabor’ des lois
Tout comm’ les bourgeois !
Et quand ses répondants
Râl’nt trop d’s’êtr’ fichus d’dans,
Alert’ les sergots
Contre les prolos !

Fermer la fenêtre

 

 
 

C’est nous les vainqueurs

I
Enfin ça y est, nous avons la victoire
Et les poilus sont tous rentrés chez eux ;
Ils ont déjà l’oubli de leurs déboires
La vi’ facil’ bref, ce sont des heureux
La République en bonn’ mèr’ de famille
Sait de chacun réparer les malheurs ;
Cent mill’ d’entr’ nous ont de bonnes béquilles
C’est nous les vainqueurs.

II
Enfin ça y est, nous avons la victoire
Elle est fini’ la grand’ lutt’ pour le droit ;
Le dépotism’ de sinistre mémoire
Vient d’expirer de son dernier exploit
Dans not’ pays, ça chacun l’apprécie
Nous possédons le régim’ protecteur
Que pleure là-bas la sainte Russie
C’est nous les vainqueurs.

III
Enfin ça y est, nous avons la victoire
Nous l’avons eu’ par un suprême effort
Dont on parl’ra bien longtemps dans l’histoire
Elle coûta cher, mais tout l’ mond’ n’est pas mort,
Notre industrie est par elle affranchie
Car en dépit des assauts destructeurs ;
Au total, la Franc’ se trouve enrichie
C’est nous les vainqueurs.

IV
Enfin ça y est, nous avons la victoire
Le parlement de son peuple est très fier
En nous r’merciant il prépare un grimoire
Pour vous offrir le rachat des ch’mins d’ fer
Ne doutez pas de cette législature
Elle a tant fait pour ses électeurs.
Nous avons déjà la grande ceinture
C’est nous les vainqueurs.

Enfin ça y est, nous avons la victoire
Et ce jour la n’ s’ra jamais trop fêté
Dans certains cas, si nous fûm’s un peu poires
On peut tourner la chose à la gaîté :
Dans nos agap’s vraiment fraternitaires
Pour applaudir nos p’tits couplets en chœur
Le pouvoir délègu’ d’ gentils émissaires
C’est nous les vainqueurs.

Fermer la fenêtre

 

 
 

Le lion populaire

I
Un grand peuple dont les ancêtres
Firent la Révolution
Fût placé par ses nouveaux maîtres
Sous l’égide du fier lion.
Comme géniale ironie
Ce fut superbement trouvé
Car dans sa candeur infinie
Il pense que c’est arrivé !

Refrain
Ils doivent trembler les tyrans
En entendant tous les quatre ans
Ce fameux lion populaire
Rugir, exhalant sa colère :
Hi han, Hi han, Hi han !

II
Cet animal allégorique
Conçu par un esprit disert
Loin des forêts vierges d’Afrique,
Des sables brûlants des déserts
Ignora la faune sauvage
Pour tout viatique il téta
Le biberon de l’esclavage
Et se croit libre le bêta !
Au refrain.

III
Périodiquement en forme
Quand il se met en mouvement
Par une anodine réforme
On l’apprivoise vivement :
S’il revendique à qui l’exploite
Sa quote part de la moisson
Ce n’est pas le blé qu’il convoite :
Un peu de paille, un peu de son !
Au refrain.

IV
Peuple, sois donc un peu plus crâne
(Tu dis parfois que ton sang bout)
Si tu ne peux être qu’un âne
Soit donc un âne jusqu’au bout :
Tu verrais ton maître plus sage
Plus légers seraient tes fardeaux
Si tu sabotais l’attelage
En galipettant sur le dos !

Refrain
Chaque jour, non tous les quatre ans,
Dresse-toi face à tes tyrans
Moins soumis, parfois téméraire,
Ça vaudrait bien mieux que de braire :
Hi han, Hi han, Hi han !

Fermer la fenêtre

 

 
 

Papiers à cul

I
Lorsque vous faites défaut dans mes poches
Bien des gens ont de l’engouement
Pour tous les papiers qu’on imprime ;
Les admirer dévotement,
C’est de la frime.
De tous les monuments merveilleux
D’érudition lapidaire,
Ou boniments facétieux,
C’est la fin que je considère.

Refrain
Papiers à cul
Papiers à cul
Lorsque vous faites défaut à mes poches
Je vous paierais par crainte d’anicroche,
D’un bel écu,
Papiers à cul.

II
Au jour de l’an, j’eus pour ma part
Dans une maison très amie
Un beau livre couronné par l’Académie.
De plaisir tout bouleversé
Je l’emportais les yeux humides :
C’était du beau vélin glacé
Très doux pour les hémorroïdes.
Au refrain

III
Quand des grandes élections,
Nous traversons la période,
J’entasse des provisions
Plein ma commode
Aux candidats les plus divers,
J’accorde les honneurs insignes
En acheminant leur nom vers
La seule urne dont ils sont dignes.
Au refrain

IV
Un jour souffrant et tout pâle
D’une colique autoritaire,
Je me suis servi de mon livret militaire.
N’allez pas m’accuser ici
De façon trop peu délicate,
Ils usent à peu près ainsi
De leurs traités, les diplomates.
Au refrain

V
Si l’on tire de ma chanson
Milliers et milliers d’exemplaires,
Ils ne sauront jamais où sont
Les reliquaires ;
Mais je ne me fâcherais pas
S’ils me gagnent quelques centimes
Qu’eux aussi trouvent leur trépas
En des froissement très intimes.
Au refrain

Fermer la fenêtre


 
 

Ne mêlons pas les torchons

1
Sa lessive terminée,
Son linge sec et bien blanc ;
La ménagère ordonnée
Donne cours à son talent
Elle garnit son armoire
Dans les règles du bon ton,
Car ce précieux dit-on
Lui revient à la mémoire

Refrain
Ne mêlons pas les torchons avec les serviettes
Dès que nous nous relâchons
Le désordre empiète ;
Chaque article en son rayon,
C’est chose coquette
Ne mêlons pas les serviettes avec les torchons !

2
Dans notre Démocratie
(Se targuant d’égalité),
La semblable minutie
Régit la société :
Très fiers de leur importance,
Les fortunés, les heureux ;
Méprisent les miséreux
Evitant toute accointance.
Au refrain

3
Construit-on dans les parages
Un immeuble somptueux,
Sur d’étroits échafaudages
Les ouvriers sont chez eux ;
Mais sitôt que la bâtisse
Est livrée aux proprios,
On fait partir les prolos
Par l’escalier de service.
Au refrain

4
En supposant qu’un sinistre
Nous inflige le guignon
De la perte d’un ministre
Et de deux, trois compagnons ;
Au Panthéon, en musique
Notre grand homme entrera,
Et des manants l’on fera
Des pièces anatomiques.
Au refrain

Fermer la fenêtre

 

 
 

La bouteille au boulot
Musique de E. Clouraec-Maupas.

I
Du temps qu’les homm’s étaient des anges,
Ils s’la coulaient dans l’Paradis,
C’était le bonheur sans mélange,
Mais la gourmandis’ les perdit.
Tout ça pour une sacré’ bouteille
Que Dieu cachait dans un placard
Et qu’voulut choper une lascar,
Tenté par sa couleur vermeille.

Refrain
Quel est donc l’gros ballot,
La brut’ sans pareille
Qui cassa le goulot
D’ la fameus’ bouteille ?
Quel est donc l’ballot,
La brut’ sans pareille
Qui cassa la bouteille,
La bouteille au boulot ?

II
Or, il advint que dans c’te fiole,
Au lieu du breuvage tant aimé,
L’pèr’ éternel, cossard mariolle,
Tenait le travail enfermé ;
L’pochard la cass’, voyez l’affaire !
L’boulot inond’ le genre humain,
Qu’il se démèn’ des pieds, des mains,
Plus il en fait, plus faut en faire,
Au refrain

III
Fini, l’temps des alouett’s rôties.
La joi’d’satisfair’ un besoin
Nous amèn’ comm’ contre partie
Tout un’ cargaison de tintouin
Qu’il s’agisse de boustifaille,
De vêt’ment ou d’habitation,
Il n’rest’ plus qu’un’ solution
Il faut d’abord que l’on travaille.
Au refrain

IV
Personn’ n’échappe à son emprise,
Il coule à flots, toujours, partout,
Et d’tous les mortels qu’il maîtrise,
Beaucoup finiss’nt par y prendr’ goût.
Surproduir’ même devient vulgaire,
Nos produits inond’nt les marchée ;
Les nations manqu’nt de débouchés,
Et c’est pour ça qu’on fait la guerre
Au refrain

Fermer la fenêtre

 

 
 

J’ suis un homm’ moi

1
Sûr qu’ j’ veux pas poser à l’Hercule,
Au coloss’ plus qu’à l’Apollon,
D’abord, s’ vanter, c’est ridicule,
Mêm’ quand on est un étalon.
Voyez c’ physique et voyez c’ torse,
Si c’ n’est pas du meilleur aloi ;
Tout d’ mêm’ su’ l’ chapitre d’ la force ;
J’ suis un homm’, moi.

2
J’ suis pas un d’ ces sal’s alcooliques,
Dont l’ pinard marin’ les boyaux
Ni non plus d’ ces gas fantastiques,
Qui s’ font un’ gloir’ d’êtr’ buveurs d’eaux.
Ah non, mettez-y un’ targette,
Car j’ai pas la gueul’ de l’emploi ;
Comme apéros, qu’est-c’ que j’ me jette
J’suis un homm’ moi.

3
Puis, quand j’ai sous la camisole
Quequ’s amourett’s quequ’s Deloso,
Je m’ sens la proi’ d’un’ gaîté folle,
Qui s’ dév’lopp’ vite amoroso.
Qu’ ma bourgeoise en rigole ou râle
J’la provoque en galant tournoi,
Et je m’ conduis comme un beau mâle
J’suis un homm’ moi.

4
Après ces coups-là, ma rombière
Entame un chapitre énervant,
De s’ voir tout’ rond’ comme un’ soupière
Ell’ dit qu’ ça s’ produit trop souvent.
Des fois, ça va jusqu’au scandale,
Donc, pour mettr’ fin au désarroi,
J’y laiss’ tomber un’ bonn’ mandale
J’ suis un homm’ moi.

5
J’ai pas d’opinion politique,
Dans tout c’ truc là, j’entrave rien.
Mais j’ai tout d’ mêm’ mes droits civiques,
J’ connais mes d’voirs de citoyen.
Sitôt qu’un fervent patriote
Vient m’ promette de fair’ des bonn’s lois,
Comm’ tous les vrais Français, je vote,
J’ suis un homm’ moi.

6
Si jamais, notr’ Mèr’ la Patrie
Ref’sait un’ mobilisation,
J’ lui donn’rais sans sensiblerie,
Mes quatr’ gas contre allocation.
Pourtant moi, j’ sais c’ que c’est qu’ la guerre.
J’ai z’ été six mois garde-voie
A Bordeaux pendant la dernière,
J’ suis un homm’ moi.

Fermer la fenêtre

 

 
 

Il leur faut des gosses

D’un bout à l’autre de ce monde
Oyez dans chaque nation
Crier et prêcher à la ronde
Pour la repopulation,
Ainsi des prolifiques noces,
Naît la fortune des Etats,
C’est pour ça qu’il faut des gosses
C’est pour ça qu’il en faut des tas !

Les cagots, du pape aux vicaires,
Disent : croissez, multipliez,
Leurs étalons parasitaires
Vont s’immiscer dans nos foyers ;
Ce sont lucratifs sacerdoces
Que diriger plus de bêtas
C’est pour ça qu’il faut des gosses
C’est pour ça qu’il en faut des tas !

A l’heure où la force le lâche
L’ouvrier flanche dans le rang
Pour le stimuler à la tâche
Ses fils seront ses concurrents
Déjà les mercantis féroces
En supputent les résultats
C’est pour ça qu’il faut des gosses
C’est pour ça qu’il en faut des tas !

Beaucoup d’enfants, c’est la misère,
Plus dure est l’éducation
Et dans les frêles cerveaux erre
La malsaine tentation ;
De la luxure, les négoces
Viendront hanter les galetas ;
C’est pour ça qu’il faut des gosses
C’est pour ça qu’il en faut des tas !

Chaque siècle a la même histoire
La guerre conserve ses droits,
Le crime s’appelle : la gloire
Quand on le paie avec des croix
Combien d’hécatombes atroces,
En holocauste aux potentats,
C’est pour ça qu’il faut des gosses
C’est pour ça qu’il en faut des tas !

Fermer la fenêtre

 

 
 

Brisons les serres des vautours (1)
Musique harmonisée par André Thumerelle.

1
Puisque des parias du gîte,
Se manifeste enfin l’éveil ;
Unissons-nous, agissons vite
Contre les marchands de sommeil.
C’est le plus clair de nos salaires
Qu’il faut à leur rapacité,
A leurs instincts trop usuraires,
Résistons avec fermeté.

Refrain
Allons, plus d’inutiles plaintes,
C’est la lutte de tous les jours,
Pour nous soustraire à leurs étreintes
Brisons les serres des vautours.

2
Lorsque faiblit notre ressource,
Quand notre famille s’accroît,
Il n’est permis à notre bourse
Qu’un logis toujours plus étroit.
Nous voulons mieux qu’une tanière
Pour abriter qui nous aimons,
Il faut aux cerveaux, la lumière
Et l’air pur à tous les poumons.
Au refrain

3
Pour nos petits à pâle mine,
Intoxiqués dès le berceau
Par le carbone des usines
Et tous les relents du ruisseau ;
La nation qui les recense,
Et met en eux tous ses espoirs,
Prendra-t-elle enfin conscience
De leurs droits et de ses devoirs.
Au refrain

4
Puis, quand arrive le chômage,
Qu’il faut se mesurer le pain,
Un grand danger nous décourage,
Aurons-nous un toit pour demain.
Au nom d’un honteux privilège,
Pour que le vautour soit gavé,
L’immonde loi qui le protège,
Jette Ies gueux sur le pavé.
Au refrain

5
Tout grand mot n’est que duperie,
Il faut d’abord à l’ouvrier,
(Avant de parler de Patrie,)
La stabilité du foyer.
Mais, ne comptons que sur nous-mêmes,
Sur notre inlassable action,
Pour résoudre tous les problèmes
De notre émancipation.
Au refrain

(1) Au début du siècle, M. Vautour représente le propriétaire,
à la base du pouvoir à l’époque, haï car il est sans pitié
et a tous les droits, notamment celui de faire signer
à chaque nouveau locataire un congé en blanc.
Au moindre comportement déplaisant ou retard de paiement,
c’est l’expulsion. Voir Georges Cochon, « le mouvement des locataires ».

Fermer la fenêtre