Militarisme

« Détruis le chien de garde et tu vaincras le maître. »
Ch. d’Avray

Il nous faut en finir de ce militarisme,
Esclavage imposé, source de crétinisme.
La caserne est le lieu le plus contaminé
Que pour le bien de tous il faut exterminer.
C’est l’immense foyer de la tuberculose,
C’est l’air avarié de quelque maison close,
Depuis le cavalier jusque au fantassin,
C’est la transformation de l’homme en assassin.

Il nous faut en finir de ces traîneurs de sabres,
De ces larbins d’état aux visages macabres,
Galonnés abrutis qui font moralité
De l’acte méprisant de domesticité.
Obéir c’est laisser douter que l’on est homme
Obéir c’est renier son droit d’être autonome,
Obéir c’est se taire ou répondre en bavant,
Obéir c’est enfin n’être pas un vivant.

Soldats, pour nous sauver de tous les parasites
Il vous faut incendier ces casernes maudites,
Ces sources de laquais, de flics et de mouchards,
Ce dépotoir humain qu’engendrent les soudards.
Partout rassemblement ! Artilleurs à vos pièces !
Debout ! Marins debout ! L’œil sur vos forteresses :
Braquez !… Chargez !… Pointez !… sans crainte de méchefs,
Les gueules des canons sur celles de vos chefs.

Le culte du drapeau regorge d’impostures,
La loque nationale est digne des ordures,
Oublions qu’en un temps, des torchons de couleurs
Traînés sur notre globe ont divisé les cœurs.
Du moindre préjugé que chacun se libère,
Discutons froidement, sans haine, sans colère.
Soldats ! un geste, un seul, peut nous sauver c’est clair,
Mais il dépend de vous : Soldats !… La crosse en l’air !

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Loin du rêve

« Il y a loin du rêve à la réalité. »
Ch. d’Avray

Prologue
Mon rêve ne peut être une réalité
Que si le soleil rouge à l’horizon se lève.
Tant que du vôtre, hélas, me viendra la clé
Cette réalité n’existera qu’en rêve.

J’ai vu l’homme sans préjugé
De nos maux rechercher les causes
J’ai vu les compagnes longer
Les chemins parsemés de roses
Le monde était régénéré
Par une nouvelle jeunesse
Qui produisait pour assurer
Le bien-être de la vieillesse
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Mais face à votre absurdité
Au petit jour, quand je me lève,
Je vois que la réalité
Est encore loin, est encore bien loin de mon rêve.

J’ai vu fondre les lingots d’or,
J’ai vu l’existence facile,
J’ai vu, majestueux décor,
Chacun faire un travail utile.
J’ai vu des magasins communs
S’ouvrir à la grande famille,
Dans les bois remplis de parfums
J’ai vu l’amour sous la charmille.
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Face à votre imbécilité,
Au petit jour, quand je me lève,
Je vois que la réalité
Est encore loin, est encore bien loin de mon rêve.

J’ai vu là-bas aux pays noirs
Se fermer tous les puits de mines,
J’ai vu la tristesse des soirs
S’enfuir derrière les collines.
J’ai vu le Progrès qui passait
Créant un monde féerique,
Tout métier dur disparaissait
Devant la loi scientifique.
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Mais face à votre lâcheté,
Au petit jour, quand je me lève,
Je vois que la réalité
Est encore loin, est encore bien loin de mon rêve.

J’ai vu crouler les vieux taudis
Et les palais rester sur terre,
J’ai vu construire un paradis
Où j’avais vu tant de misère
J’ai vu tous les hommes nouveaux
Partout désireux de s’instruire,
Et j’ai vu ces puissants cerveaux
Pouvant librement se conduire.
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Mais face à votre autorité,
Au petit jour, quand je me lève,
Je vois que la réalité
Est encore loin, est encore bien loin de mon rêve.

J’ai vu se briser les aciers,
J’ai vu brûler les préfectures,
J’ai vu crever les policiers
Et sombrer les magistratures.
J’ai vu les parlements sauter,
Disparaître la galonnaille
J’ai vu le mot humanité
Remplacer celui de canaille.
----------------------
Sur ce rêve je suis resté,
J’y songe sans repos ni trêve
Confiant dans ma ténacité
Pour un beau jour, voir se réaliser mon rêve

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Maternité
poème en vers libres

L’amour le veut ainsi, légitime ou bâtard,
L’enfant est le fait du hasard.
Le fruit d’un instant de folie
D’une femelle en mal d’envie
Dont la chair dans un long frissons expie
Soudée au mâle, qui dans un hoquet sourd
Expulse son trop plein d’amour…
Qui par elle verra le jour ?
Un saint, un sage, un philosophe,
Un grand génie, un théosophe,
Un guerrier, un sujet de cour ;
Qu’enfantera-t-elle à son tour ?
Un gueux, un laquais, un esclave,
Un mouchard, un dégénéré,
Un bandit, un être taré,
Un résigné humant sa bave
Combien cette minute est grave !…
L’enfant sera ce qu’il sera,
Il traversera les brousailles
De l’existence et grandira
Parmi les bons et les canailles,
Et savoir ce qu’il deviendra ?
-----------------------------
Procréation ! Acte sublime
Nous répète la société,
Je lutte avec ténacité
Contre une telle énormité
Que le bon sens même réprime,
Je vois dans la maternité
Devoir, inconscience ou crime.

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Monsieur Schneider et Cie

Monsieur Schneider est commerçant
C’est un Creusot qui tient boutique.
Il parque, exploite et domestique
Un nombre de gens imposant.
Patriote ardent et pur sang,
Il vend aux nations belliqueuses
Canons, fusils et mitrailleuses.
Monsieur Schneider est commerçant.

Monsieur Schneider est commerçant.
Pour lui la paix serait la ruine.
En maître de forge il combine
Et rend l’horizon menaçant.
Le cœur, chez cet homme, est absent,
Sa fortune émane des armes,
Du sang, de la mort et des larmes.
Monsieur Schneider est commerçant.

Monsieur Schneider est commerçant.
Et de ce fait, très élastique.
Pour satisfaire la pratique
A tout sacrifice il consent.
Rien ne lui semble avilissant,
Il ne connaît au cours des guerres
Pas plus d’amis que d’adversaires,
Monsieur Schneider est commerçant.

Monsieur Schneider est commerçant.
Il marchande les défaillances,
Puis dispose des consciences
En leur servant un tant pour cent.
Il est servile, obéissant,
Obséquieux par excellence :
En face de dame Finance,
Monsieur Schneider est commerçant.

Monsieur Schneider est commerçant.
C’est pourquoi là-bas à Genève
Tous les pèlerins du Grand rêve
S’égarèrent chemin faisant.
L’avenir va s’assombrissant.
Les maîtres de l’heure divaguent,
Les peuples marchent à la schlague :
Monsieur Schneider est commerçant.

Epilogue
Un beau matin de trente-six
Cette illustre et triste ganache,
Au plus profond de son coccyx
Reçu un coup de pied en vache.
Il encaissa, tel un bon fils.
Peu soucieux de son derrière,
Puis chanta son de profundis
Au profit du Front populaire.
Un beau matin de trente-six.

Conclusion
Si tu dis : Tout homme est mon frère !
Si l’amour est ton seul effort,
Si tu gueules : « A bas la guerre ! »
Ne fabrique pas de la mort.
La Paix ! c’est l’immense harmonie
Dont tous les peuples sont privés.
Pour qu’elle ait place dans la vie :
Il faut que tous les biens-gavés,
Tous les Schneider et Compagnie
Sur cette terre soient crevés.

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Paroles d’un révolutionnaire

« L’éducation est l’examen préparatoire d’une révolution. »
Ch. d’Avray

Je ne suis pas un briseur d’énergie,
Mon naturel est d’être révolté
Fervent ami de l’idéologie
Je ne conçois que la communauté.
Mais si demain l’élément populaire
Voulait passer à la réalité,
Je te le dis en révolutionnaire :
Oui, je fuirai la nouvelle cité
Oui, je fuirai la nouvelle cité.

Nouveau milieu, dis-tu, nouvelle ambiance,
L’individu se changerait sous peu,
As-tu songé qu’une telle influence
Dépend de ceux qui forment ce milieu.
Or, essayer de vivre en phalanstère
Avec la brute ainsi que le crétin,
Je te le dis en révolutionnaire :
Ça durerait l’espace du matin,
Ça durerait l’espace du matin.

Bien éduquer est chose difficile,
Il faut savoir choisir dans les semis
Car chacun d’eux n’élira domicile
Dans un terrain que selon l’engrais mis.
C’est entendu, la besogne est à faire,
C’est par l’enfant que l’on doit commencer
Je te le dis en révolutionnaire :
Car l’instruction de tout est l’ABC,
Car l’instruction de tout est l’ABC,

Aux révoltés j’en appelle quand même,
Les gouvernants ont tremblé devant eux.
Il faut savoir aller jusqu’à l’extrême
Pour tâcher d’être un peu moins malheureux.
Ne faisons qu’un pour la lutte suprême
Mais, du grand choc, pour gagner les devants,
Déployons donc tout notre stratagème
Et que nos voix parlent aux quatre vents,
Et que nos voix parlent aux quatre vents.

Notre travail devra donc se poursuivre
Le lendemain de la révolution,
Ce jour, hélas ! nous ne pourrons que vivre
Un certain mieux selon l’éducation,
A force alors changera l’existence
On oubliera ce vieux malentendu,
Mais pour cela tirons la quintessence
De la raison dans chaque individu,
De la raison dans chaque individu.

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Le peuple est vieux

« Le plus jeune de nous est encore trop vieux. »
Ch. d’Avray

Le peuple est vieux, aussi vieux que le monde
A ses côtés souffle un vent généreux
Mais l’ignorance est chez lui trop profonde
Et c’est pourquoi le peuple est malheureux
Il a grandi sans chercher à s’instruire
Il a bâti mais n’a pas su détruire
Va-t-il crever sans aller vers le mieux :
Le peuple est vieux. Ah ! que le peuple est vieux.

Regardons-le pendant quatrevingt treize
O son élan, hélas ne fut pas long
Il fit tomber la tête de Louis seize,
Mais se courba devant Napoléon
La République a suivi la Commune,
Rien n’est changé toujours même lacune,
Il est resté victime des envieux :
Le peuple est vieux. Ah ! que le peuple est vieux.

Toujours confiant aux formes politiques
A chaque instant il gueule liberté
Il se révolte aux réunions publiques
Puis lâchement ensuite il va voter.
Les lois pourtant tous les jours le cravachent
Et ses élus au visage lui crachent,
Cré nom de Dieu qu’a-t-il donc dans les yeux :
Le peuple est vieux. Ah ! que le peuple est vieux.

Debout ! debout ! peuple c’est toi la force
Frappe en plein cœur de ce gouvernement,
Dépouille-toi de cette vieille écorce
Et fous à bas les gars du Parlement.
Rappelle-toi que l’armée est la ruine,
Les galonnés engendrent la vermine,
Fais du drapeau des torchons pour les lieux :
Le peuple est vieux. Ah ! que le peuple est vieux.

Si la révolte un certain jour le lasse,
Femme encourage alors ton compagnon
Bravez tous deux la camarde qui passe,
Des révoltés elle est le trait d’union,
Révolution dans le sol que l’on foule,
Vois tes amants porter leur deuil en rouge ;
Bâtis un monde au seuil de leur caveau,
Peuple apparais sur un globe nouveau.


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La Prolétarienne
Chant révolutionnaire

Amis, chacun son jour de gloire,
Premier Mai nous voulons te fêter,
Les Grands fêtent bien leur victoire
Le Prolo peut bien manifester
Voyez notre œuvre syndicale
Union, vérité font bien force et progrès
Tandis qu’une saine morale
Lentement prend naissance au sein de nos congrès.

Refrain
O Premier Mai
Sublime anniversaire
Reste à jamais fête du prolétaire
Suis désormais
Sur la route sociale
Ta marche triomphale
Internationale.

Toi qui culbutas la Noblesse
En faisant la Révolution
Eh ! bien bourgeois et ta promesse
C’est pour quand la libération ?
Croyant ta parole sincère,
Au travail, prestement, chacun de nous se mit
Hélas, tu ne fus qu’un faux frère
Contre toi, maintenant, oui tout nous est permis.
au refrain

Qu’attendre d’une République
Qui n’a rien de républicain,
Pour faire bonne politique
Faut porter costume d’arlequin
Le seul dont la voix soit féconde
C’est celui qui produit un utile labeur,
Lui seul sera maître du monde
Car un jour le travail sur l’or sera vainqueur.
au refrain

Peinons, peinons pour nos familles,
Le bien-être est l’âme du foyer,
A nos femmes comme à nos filles,
Défendons l’usine et l’atelier.
Les lys, les lilas et les roses
Fleuriront leurs chemins aussitôt les beaux jours
Et c’est parmi les fleurs écloses
Que les cœurs librement choisiront leurs amours.
au refrain

Puisque c’est la classe ouvrière
Du bonheur qui tient le gouvernail
Elle a droit et peut être fière
De fêter la gloire du Travail.
Allons viens à nous toi qui boudes
Et que de plus en plus s’unissent nos efforts,
Si nous nous serrons bien les coudes
Des bourgeois nous ferons trembler les coffres-forts.
au refrain

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L’UA (1)

Les bois, les prés, les monts, la plaine,
Tout ici bas, tout s’offre à toi
Il ne suffit que prendre peine
Et de penser aux autres comme à soi.
Oui ! le bonheur peut exister sur terre,
Tu le détiens, il est entre tes mains,
Il t’est possible aujourd’hui de bien faire
Et d’éloigner le malheur des humains

Refrain
Redresse-toi prolétaire,
Ne vis pas en solitaire
Réalise avec nous l’union
Pour atteindre la perfection !
Compagnon la vie est belle
Puisqu’il faut lutter pour elle,
Dis merde aux lois comme aux tyrans :
Et marcher de l’avant !…

Tu dois libérer ta compagne,
Et pour l’aider à moins souffrir
Bâtir un pays de cocagne
Dans lequel, nul ne pourra l’asservir.
Si son devoir est un cas de conscience,
Qu’elle en discerne et le mal et le bien,
Sans devoir à quiconque obéissance,
Ses droits étant les mêmes que les tiens.
au refrain

Si tu fondes une famille,
Suis pas à pas l’évolution,
Et fais le bonheur de ta fille
En présidant à son éducation.
Au sentiment mêle la poésie ;
Si l’art d’aimer est noble, grand et beau,
Il doit ouvrir l’ère de l’harmonie
En affinant l’amour et le cerveau.
au refrain

Pour que ton fils devienne un sage,
Parle lui du commun bonheur ;
Tout en l’armant d’un grand courage,
Fais-en un homme et d’action, et de cœur.
Enseigne lui la haine de la guerre,
Celle des dieux, comme celle de l’or ;
Vois dans ton fils, un homme, un nouveau frère,
En son honneur prépare Messidor !
au refrain

Face au danger devoir exige
En ce monde de fripouillards,
Si tu veux garder ton prestige
A notre lutte il te faut prendre part.
Gueule bien fort, halte, halte au fascisme !
Un dictateur, c’est la coercition,
Au nom sacré de notre idéalisme :
Arme ton bras, fais la révolution !
au refrain

(1) L’Union anarchiste (UA) a été l’organisation de référence de l’anarchisme organisé
en France pendant la période de l’entre-deux-guerres.

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Bas Biribi…

« Quand la cause est trop forte, attaquons les effets. »
Ch. d’Avray

Biribi, Biribi, c’est là-bas en Afrique
Où de robustes gars sont enrégimentés,
De ces gars qui n’ont pas la foi patriotique
Et qui sous les drapeaux restent des révoltés.

variante 1
C’est le grand rendez-vous des épaves humaines
Qui ne sont que les fruits de notre société
S’il fallait de ces fruits en rechercher les graines
Il nous faudrait fouiller toute l’humanité

variante 2
Biribi doit sa vie à la ploutocratie,
Ces putains de bourgeois lui font encor crédit.
Que peut-on espérer d’une démocratie
Qui croit au bonheur dans un régime pourri !

Refrain
Abolissez les bagnes militaires,
Où tant de gars laissent encor leur peau.
Abolissez ces gouffres sanguinaires,
Au fond desquels baigne votre drapeau.
Pour une fois soyez humanitaires,
Abolissez les bagnes militaires.


Biribi, Biribi, c’est là-bas en Afrique
Où la pédérastie est à l’ordre du jour,
L’homme y supporte tout sans la moindre réplique
De la torture au vice il passe tour à tour
C’est le nec plus ultra de la Grande Débauche,
C’est le nouveau foyer des mœurs d’inquisition,
C’est le point noir lointain qui sabote l’ébauche
D’un progrès espéré par les révolutions.
au refrain

Biribi, Biribi, c’est là-bas en Afrique
Où l’on entend encor les fers broyer des os,
Où du matin au soir travaillant sous la trique,
Combien de vos enfants ont creusé leurs tombeaux
De l’ignoble chaouch, cruelle est la rancune
L’art de martyriser souligne sa fonction,
Pendant ce temps messieurs, du haut d’une tribune
Vos élus vont parler de civilisation
au refrain

Mais votre Biribi, n’est pas rien qu’en Afrique,
Eh quoi ! vous paraissez à ces mots ébahis,
Tous les casernements de votre république,
Sont vous le savez bien des autres Biribi.
Allons reconnaissez que vos erreurs grossières
Vous ont fait accomplir des monstruosités,
Drapeau, Propriété, Capital et Frontières
Ont toujours entravé toutes nos libertés.
au refrain

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Le triomphe de l’anarchie

Tu veux bâtir des cités idéales,
Détruis d’abord les monstruosités.
Gouvernements, casernes, cathédrales,
Qui sont pour nous autant d’absurdités.
Dès aujourd’hui, vivons le communisme
Ne nous groupons que par affinités
Notre bonheur naîtra de l’altruisme
Que nos désirs soient des réalités.

Refrain
Debout, debout, compagnons de misère
L’heure est venue, il faut nous révolter
Que le sang coule, et rougisse la terre
Mais que ce soit pour notre liberté
C’est reculer que d’être stationnaire
On le devient de trop philosopher
Debout, debout, vieux révolutionnaire
Et l’anarchie enfin va triompher.

Empare-toi maintenant de l’usine
Du capital, ne sois plus serviteur
Reprends l’outil, et reprends la machine
Tout est à tous, rien n’est à l’exploiteur
Sans préjugé, suis les lois de nature
Et ne produis que par nécessité
Travail facile, ou besogne très dure
N’ont de valeur qu’en leur utilité.
au refrain

On rêve amour au-delà des frontières
On rêve amour aussi de ton côté
On rêve amour dans les nations entières
L’erreur fait place à la réalité
Oui, la patrie est une baliverne
Un sentiment doublé de lâcheté
Ne deviens pas de la viande à caserne
Jeune conscrit, mieux te vaut déserter.
au refrain

Tous tes élus fous-les à la potence
Lorsque l’on souffre on doit savoir châtier
Leurs électeurs fouaille-les d’importance
Envers aucun il ne faut de pitié
Eloigne-toi de toute politique
Dans une loi ne vois qu’un châtiment
Car ton bonheur n’est pas problématique
Pour vivre heureux
Homme vis librement.
au refrain

Quand ta pensée invoque ta confiance
Avec la science il faut te concilier
C’est le savoir qui forge la conscience
L’être ignorant est un irrégulier
Si l’énergie indique un caractère
La discussion en dit la qualité
Entends, réponds, mais ne sois pas sectaire
Ton avenir est dans la vérité.
au refrain

Place pour tous au banquet de la vie
Notre appétit seul peut se limiter
Que pour chacun, la table soit servie
Le ventre plein, l’homme peut discuter
Que la nitro, comme la dynamite
Soient là pendant qu’on discute raison
S’il est besoin, renversons la marmite
Et de nos maux, hâtons la guérison.
au refrain

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La chanson de notre jeunesse

Refrain
Frères, c’est une ère nouvelle
Qui bientôt devant nous va s’ouvrir,
Le vieux monde toujours se querelle
Pour le mâter, le rajeunir,
Les jeunes doivent s’unir ;
Le vieux monde toujours se querelle
Pour le mâter, le rajeunir,
Les jeunes doivent s’unir.

Nous sommes l’ardente jeunesse
La jeunesse des temps nouveaux
Nous dirigeons avec sagesse
Vers le bien, et le beau, tous nos jeunes cerveaux
Devant tant d’abus, tant de misère
Et tant de chagrin autour de nous
Pour le salut de nos pauvres frères
Mordons, oui mordons comme des loups
au refrain

La bourgeoisie est en déroute,
Bien qu’elle ose encor nous braver,
Il lui faudra, coûte que coûte,
Se résoudre à crever
Un jour sur le pavé.
Bourgeois, détrousseurs de la noblesse !
Bourgeois, démocrates d’occasion !
Bourgeois, voici l’heure vengeresse !
Place à la jeune génération !…
au refrain

La République fait faillite,
N’attendons, d’elle, rien de bien,
La garce s’offre à qui l’invite,
Voyez comme déteint
Son vieux bonnet phrygien.
Vendant chaque jour à la finance
Les droits de l’homme et du citoyen,
Elle tente sa dernière chance
Dans la mort du peuple souverain
au refrain

Petit conscrit, soldat de France,
Garde-toi d’aller guerroyer,
Pas plus le sang que la souffrance
Ne pourraient t’octroyer
La paix dans ton foyer.
La paix ne viendra pas par les armes,
La paix ne suivra pas les vainqueurs
La paix n’éclorera pas dans les larmes ;
La paix sera l’œuvre de nos cœurs.
au refrain

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Les géants

« Avec le passé détruisons le présent pour devancer l’avenir. »
Ch. d’Avray

Puissant géant de Germanie,
D’Aquitaine et de Lombardie
Tu fis du pape un souverain
On faiblit devant qui l’ont craint
Charlemagne tu peux m’en croire
L’Eglise a taché ton histoire,
Législature et piété
Sont les maux de l’humanité

Toi qui t’en fus en Palestine
Défendre la terre latine,
Géant qui pour la croix fis vœu
De partir disant : Dieu le veut !
Défendant le père céleste,
Saint-Louis tu mourus de la peste,
La peste est la contagion
Que transmet la religion.

Guidé par la main d’une mère,
Géant d’un fanatisme austère
Médicis avec toi commit la triste Saint-Bartélemy
Charles Neuf cette nuit sanglante,
Frappa l’unité protestante
L’Eglise a du sang pour blason,
Peut-elle encore avoir raison ?

Abjurant le protestantisme,
Te livrant au catholicisme
Géant qui signa des deux mains
Le savant traité de Vervins.
En promulguant l’édit de Nantes,
Tu calmas deux parts discordantes,
Henri Quatre étais-tu damné,
Puisque tu fus assassiné ?

Géant à la soutane rouge,
Cardinal ministre d’un bouge,
Si dix-huit ans tu gouvernas
Ce sont des ans d’assassinats.
Et de par Marion Delorme,
Richelieu ton crime est énorme,
Plus sévère que tu ne crois,
J’en rends responsable ta croix.

Géant qui trôna dans l’intrigue,
Qui d’Augsbourg provoqua la Ligue,
Toi dont la profession de foi,
Se résout dans « l’Etat c’est moi »,
Louis Quatorze en toute franchise,
Tu fus l’instrument de l’Eglise
Toi qui révoquas cet Edit,
Par qui la paix avait grandi.

Toi que l’on mit aux Invalides
Fameux géant des Pyramides,
Toi qui fis Austerlitz, Eylau,
Friedland, Wagram, Waterloo,
Bonaparte, illustre vampire,
Premier consul avant l’empire
Toi qui signas le concordat,
D’un pape tu fus le soldat !

Plus de trente ans de République
Et toujours la même pratique.
Le fanatisme est de ce temps
Ce qu’il était voilà cent ans.
Car d’un pouvoir le pape abuse,
Le prêtre avec l’enfant s’amuse,
Mère ! prends garde à ce pourceau,
Qui guette ton fils au berceau.

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L’idée

« D’une petite idée un grand bonheur peut naître. »
Ch. d’Avray

Tiens bonjour petit
Poupon bien gentil,
Sans idée,
Déjà ta maman,
Chante en te berçant
Une idée.
Quant à ton papa,
Il songe déjà
A ce qu’il pourra
Mettre en ton idée
Et journellement,
Tout doucettement,
Joyeux il t’apprend
Quelle est son idée.

Mais tu grandiras
Tu réfléchiras
A l’idée
Qu’un jour tu devras
Chercher dans le tas
Une idée.
Surtout petit gars
Ne te presse pas,
Marche à petit pas,
Fouille chaque idée,
Observe beaucoup,
Raisonne surtout,
Puis en risque tout
Choisis une idée.

Et quand tu l’auras
Tu la mûriras
Par idée
Tu corrigeras
Et modifieras
Cette idée.
Si par un beau soir
Grâce à ton savoir,
Tu peux entrevoir
Une grande idée,
On te dira fou
Qu’importe après tout,
Tu devras partout
Semer cette idée.

On t’arrêtera
Lorsque l’on craindra
Ton idée.
Peut-être en prison
Te jettera-t-on
Pour l’idée,
Puis un magistrat
T’interrogera,
Et condamnera
Enfin ton idée,
Tu te récrieras,
Te révolteras ;
Alors tu verras
Où mène l’idée.

pour finir
Qu’est-ce donc souffrir
Et même mourir
Quand c’est pour l’idée :
Si l’homme paraît,
Passe et disparaît,
Constatons un fait :
Il reste l’idée.

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Paillasse

« Le vote n’est pas l’arme qui te libérera. »
Ch. d’Avray

O ! toi fameux politicien,
Qu’un long discours bête et malsain,
Encrasse,
O ! toi qu’on sut si bien berner,
Tromper, voler, puis enchaîner,
Bonasse
Tu crus que la révolution,
Te donnerait par l’élection
Ta place :
Un cerveau n’est pas décrotté
Du simple fait qu’il peut voter ;
Paillasse !

Mais tu vis toujours dans l’espoir
De gagner un jour le pouvoir,
Audace,
Tes élus dès le lendemain,
Te diront si tu tends la main :
Repasse !
Sache n’avoir pas besoin d’eux,
Tu ferais pauvre malheureux,
Grimace,
Et prends garde, ce jour vois-tu,
Qu’ils te foutent leur pied au cul :
Paillasse !!!

Traînant, comme avant, ton boulet,
Tu prendras souflet sur souflet
Limace,
Furieux un beau jour malgré tout,
Vorace,
Et si tu veux braver la loi,
Tout casser :
Ils te feront emprisonner,
Même au besoin guillottiner :
Paillasse !!!

Cesse enfin d’être bon à rien
Et que ce grand mot, « Citoyen »
Trépasse.
Accomplis donc normalement,
Tes fonctions sans gouvernement,
De grâce ! Deviens ton propre éducateur,
N’attends pas un rénovateur,
Et trace,
Ces trois mots puissant : Liberté !
Egalité ! Fraternité !
Paillasse !!!

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Le Premier Mai

Voici le premier Mai, camarades debout,
Quand l’Etat met au jeu le peuple en est l’atout.
Faisons qu’au rendez-vous les masses soient exactes
Par le sang et le feu répandons la terreur
Le nombre a bien souvent faibli devant l’horreur
Egorgeons, égorgeons toute force accourue,
Car il faut à tout prix que libre soit la rue,
Pas d’hésitation la victoire promet,
Camarades debout, voici le premier Mai.

Voici le premier Mai, mort au gouvernement !
Le désaccord nous vient des bancs du parlement
Mort à la religion dont un abcès suppure,
Mort à ces chats-fourrés de la magistrature.
Ni d’égard, ni pitié, que pour notre salut
Rien ne soit relatif, que tout soit absolu.
Conduisons ces tyrans tout droit à la chaudière,
Que la matière, enfin, transforme la matière
C’est devant le néant que l’homme se soumet.
Mort au gouvernement, voici le premier Mai.

Voici le premier Mai, rentrons chez les bourgeois
Où l’homme trouve l’homme, il limite ses droits
Ayons des arguments, prêts à toute réplique,
Soyons brefs, soyons clairs, surtout soyons logiques
Partager le péril c’est soutenir l’action
Bourgeois ouvrez les rangs de la révolution
Si vous nous refusez d’agir en camarades,
Nous vous retrouverons devant les barricades.
Ce que la loi défend, le droit nous le permet,
Rentrons chez les bourgeois, voici le premier Mai.

Voici le premier Mai, défonçons les prisons,
Ne perdons pas de temps à des péroraisons
Pensez, ne pensez pas, mais soyez éclectiques
Moi, je suis imprégné de désirs anarchiques.
Pas plus l’aigle ici-bas que votre coq gaulois
Nul sur terre n’a droit d’échafauder des lois,
Les ans effaceront les préjugés qui roulent,
Les mots sont conventions, les conventions s’écroulent,
L’homme est irresponsable étant l’être imparfait,
Défonçons les prisons, voici le premier Mai !

Voici le premier Mai, vengeons les vrais martyrs
Sans vouloir des bourreaux, les moindres repentirs.
Le bronze des sauveurs grâce à nous va se fondre,
Souvenir et non gloire, il ne faut pas confondre,
Bientôt nos Ravachol (1), comme nos Caserio (2),
Vont faire tête-à-tête à vos Sadi Carnot.
Le temps sera pour nous un précieux témoignage
Désignant l’inconscient et nous montrant le sage,
Du mont des souvenirs gravissons le sommet,
Vengeons les vrais martyrs, voici le premier Mai !

Pourquoi le premier Mai ? Qu’importe le moment,
L’homme peut-il régler l’heure du châtiment ?
Nous avons trop souffert et sommes las d’attendre,
Puis tous les jours sont bons lorsqu’il faut se défendre ;
La paix sera l’amour dans un monde meilleur,
Et l’amour un salaire envers les travailleurs,
L’existence sera toute une poésie,
La femme n’étant plus source de jalousie ;
L’œuvre de chair ne vit que si le cœur l’admet.
Camarades, debout ! Pourquoi le premier Mai.

(1) François Claudius Koënigstein dit Ravachol (1859-1892), ouvrier anarchiste français ;
condamné après divers délits, assassinats et attentats, il fut guillotiné le 11 juillet 1892
à Montbrison (Loire).
(2) Sante Geronimo Caserio (1873-1894), boulanger et anarchiste italien, a poignardé
mortellement le président de la République française, Sadi Carnot, le 24 juin 1894
durant un défilé à Lyon. Celui-ci avait refusé de grâcier les anarchistes condamnés à mort.
Caserio sera exécuté le 16 août de la même année.


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Les Favorites

« Avec le passé détruisons le présent, pour devancer l’avenir. »
Ch. d’Avray

Courtisane orgueilleuse et fière
Pour un roi, d’amour, tu t’épris,
Voulant supplanter à tout prix
Ta rivale de la Valière
Tu jalousais avec mépris
Pour toi l’histoire est épineuse,
Un bruit sévère se répand
On t’accuse, un roi te défend,
Car tu fus une empoisonneuse
Toi, marquise de Montespan !

Et toi la célèbre hétaïre
Accouchée un jour en prison,
Epouse et veuve d’un Scarron
Tu t’es plus tard, sans un mot dire,
Au roi mariée en second.
Tu fus parmi les souveraines
La plus infâme car ton nom
Se rattache par trahison
Aux dragonnades des Cévennes,
Toi, marquise de Maintenon !

Quatre sœurs d’illustre famille,
Qui l’une après l’autre ont failli,
La Lauranguais, la de Mailly,
Et comtesse de Vintimille,
Dont un Dubois fut le bailli.
La série est par toi finie,
Afin d’assouvir ton courroux,
Ton alcôve ouvrit ses verroux,
Tu cédas à l’ignominie
Toi, duchesse de Châteauroux !

Fille d’une femme galante,
Du roi, tu charmas les instants,
Tes pouvoirs furent ascendants.
Ton ouvrage maudite amante
Fut une guerre de sept ans.
Dans le scandale et dans la honte
Catin, ministre, tour à tour,
Tu puisas en vingt ans de cour :
Quarante millions pour ton compte,
Toi, marquise de Pompadour !

Dans l’élégance et les fredaines,
Ton esprit s’était raffiné.
Ils durent te guillotiner,
Toi la dernière des mondaines.
De ce satyre couronné.
Crachant tes vices en un râle
Tu mourus sans pousser un cri,
Devant la mort, la peur te prit,
L’échafaud fut ton dernier mâle
A toi, comtesse du Barry !

La parole est à toi noblesse,
Dont chaque titre si ronflant
Sort d’un lieu sale ou bien sanglant,
Surtout que cela ne te blesse
Si je rougis en en parlant.
Mais va tourner le vent de bise,
Et nos engins vont éclater,
Marianne ira se porter
La dernière fille soumise
Pour sauver notre humanité.


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Les monstres

« Avec le passé détruisons le présent, pour devancer l’avenir. »
Ch. d’Avray

Ô monstre des Etats romains
Qui conquis la terre gauloise
Au cours de ton règne on ne croise
Que des débris d’êtres humains.
Toi, que Brutus frappa dans Rome,
César, entends l’humanité
Crier au peuple révolté
Que devant la postérité :
Un conquérant n’est plus un homme.

Toi qui brûlas au minimum
Dans le Berry, dit-on, vingt villes
Mais, sacrifices inutiles
Car tu laissas Avaricum.
Monstre zélé de Gergovie,
Vercingétorix, tout ton art
Fut de te livrer à César
Pour sauver des tiens la plupart.
Grandeur d’âme est plus que génie

Ô toi le monstre tout puissant,
Plus vil encore que Tibère,
Toi qui souillas ta propre mère,
Epousas un adolescent
Toi qui régnas dans la luxure,
L’art et la prodigalité,
Néron, ton nom nous est resté
Ainsi qu’un chef-d’œuvre raté
Déposé dans la pourriture

Monstre qui ravageas l’Orient,
Devant des forces stratégiques
Le jour des Champs catalauniques
Tu renonças à l’Occident.
Qui se souvient de ta menace,
Voit qu’où ton cheval a passé
L’herbe aussi belle a repoussé
Attila, de toi, l’insensé,
Il ne reste plus une trace

Fils du premier mérovingien
Monstre qui vécut dans le vice
De la roulure à la novice
On dut te chasser comme un chien,
L’épouse d’un roi de Turinge,
Par toi vint se faire enceinter
Ô Childéric, la royauté
Vit, grâce à ta virilité,
Deux rois tacher le même linge

Il en est de même aujourd’hui
Sous la troisième République :
Même gâchis dans la boutique
Où l’on patauge jour et nuit
Car, dans l’ordre démocratique,
L’arbitraire sert le moment,
La lâcheté, le Parlement,
La poudre, le gouvernement,

Tout le mal, c’est la politique.

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Viens chez moi !

Grand ouvert est mon domicile,
Nul de vous ne doit l’ignorer,
Qu’on se le dise par la ville :
Quiconque peut y pénétrer.
Artisan de la pensée,
Si tu sens dans la poussée
Ta liberté menacée :
Viens chez moi !

Déserteur de la patrie,
Adversaire des tueries,
Si demain tu t’expatries :
Viens chez moi !
Avorteur, toi dont la science
Homicide par prudence,
A tes heures de malchance :
Viens chez moi !

Justicier des nobles causes
Qui t’insurges, t’armes, oses,
Puisqu’à la mort tu t’exposes :
Viens chez moi !
Etranger que l’on pourchasse,
Peu m’importe à moi ta race,
Dès que tu crains la menace :
Viens chez moi !

A toute loi je suis hostile,
Anarchiste invétéré,
Je pratique le droit d’asile
Et pour moi, ce droit est sacré.

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Où sont les fous messieurs ?…
Poème en vers libres

Voici les fous messieurs !
Voici les fous !
A Charenton comme à Bicêtre,
Se sont révoltés à coup sûr,
Ont brisé portes et fenêtres
Ont escaladé les plus hauts murs.
Les voici par la grand’ville,
Qui partout se faufilent,
Une torche à la main :
Prétendant, quelle folie !
Que le feu purifie
Et prépare demain.
Soudain ces âmes damnés
Marchent sur l’Elysée,
Sur la Chambre, le Sénat et mieux,
Pénètrent dans les casernes,
Les maisons à lanternes,
Et prestement en passant foutent le feu
Tandis que tout grille, grille,
Ils dansent un quadrille
Un quadrille drille drille endiablé ;
Cependant qu’à pleines gueules
Ces forcenés nous gueulent :
Nous descendrons à zéro le cours du blé !
Voilà comment nous travaillons, Nous !
Vive les fous messieurs ! Vive les fous !

Continuant leurs course folle
A travers l’immense cité,
Entrent dans les grandes écoles,
Y font acclamer la vérité ;
Désignent à l’improviste
De nouveaux moralistes
A ces jeunes cerveaux.
Leur réussite les grise,
Et nos fous stérélisent
Les êtres anormaux
Foncent sur la tour pointue
Sitôt se substituent
A nos plus éminents justiciers :
Dressent milliers de potences,
Où bientôt se balancent
Bourgeois, prêtres, magistrats et policiers.
Mais l’odeur de la charogne
Appelle à la besogne
Les plus gros et noirs corbeaux de l’univers,
Et tandis qu’ils se régalent,
Au rythme des cymbales,
Nos toqués dansent sur des lambeaux de chair,
Chantant, riant, hurlant c’est nous, Nous !
C’est nous les fous, messieurs !… Vive les fous !…

Ils proclament la déchéance
D’un vieux monde à mettre au rebut,
Affirment avec insistance
Posséder en mains notre salut.
Chemin faisant, ils construisent,
Façonnent à leur guise
Une cité d’amour,
Et pour la rendre plus belle
Ils nivellent, nivellent,
Ils nivellent toujours.
Puis il décrètent sur l’heure
Que le travail demeure
L’équilibre de l’humanité,
Et pour clore l’aventure,
Ensemble de conclure :
La matière est l’âme de l’éternité !…
Nuit venue ils disparaissent,
Regagnent en vitesse
Les uns Bicêtre, les autres Charenton ;
Sans lâcheté, sans bravade,
Et sans fanfaronnade
Nos déments réintègrent leurs cabanons.
A côté d’eux que sommes-nous ? Nous !…
Où sont les fous, messieurs ?… Où sont les fous ?…

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Sous la Troisième République

« Puisons un enseignement dans les gestes d’autrui. »
Ch. d’Avray

Sous la troisième République
Les juges ne valent pas mieux
Que toute l’officielle clique
Qui jugea nos premiers aïeux
Quoi ! Camarade tu te fâches
Pourtant vois gravé sur le sol
De la tombe de Ravachol (1)
Cette épitaphe Mort aux vaches

Sous la troisième République
Les jurés ne valent pas mieux ;
Tout n’est que question de boutique
Comme autrefois sous nos aïeux
Mais fut un temps où ces ganaches
Tremblant alors au moindre bruit,
A cette époque Emile Henry (2)
Passait en signant : Mort aux vaches !

Sous la troisième République
Un ministre ne vaut pas mieux
Que celui d’ordre monarchique
Qui gouvernait sous nos aïeux.
Toi qui n’eus que les airs bravaches
Pour parer un discours brillant
Vois ce qu’a répondu Vaillant (3)
Au Palais Bourbon : Mort aux vaches !

Sous la troisième République
Un chef d’Etat ne vaut pas mieux
Malgré son air démocratique
Qu’un monarque sous nos aïeux
Certain sur qui le sang fit taches
Fut victime de son brio
Lorsqu’il rencontra Caserio (4)
Qui lui signifia : Mort aux vaches !

Sous la troisième République
Le policier ne vaut pas mieux
Que la plus ancienne bourrique
Qui mouchardait sous nos aïeux
A me démentir tu t’attaches
Va, sous le soleil rien de neuf
Pas même ces mots de Liabeuf (5) :
Je suis innocent ; mort aux vaches !

Sous la troisième République
Le peuple vaut cependant mieux
Lorsque sur la place publique
Il voit exécuter un gueux
Armé de pioches et de haches
Ou d’autres engins s’il le faut
Il crie en voyant l’échafaud :
A bas Deibler (6) et mort aux vaches !

 

Le crime individuel répondait aux crimes bien plus coûteux en vies humaines
des exploiteurs et gouvernants.

(1) François Claudius Koënigstein dit Ravachol (1859-1892), ouvrier anarchiste français ;
condamné après divers délits, assassinats et attentats, il fut guillotiné le 11 juillet 1892
à Montbrison (Loire).

(2) Etudiant brillant, Emile Henry (1872-1894) déposa une bombe à la porte des bureaux
de la compagnie des mines de Carmaux qui, transportée, explosa au commissariat
des Bons Enfants, tuant cinq policiers. Il fut guillotiné à Paris le 21 mai 1894.

(3) Pour venger Ravachol et dénoncer la répression contre les anarchistes,
Auguste Vaillant (1861-1894) lança une bombe remplie de clous dans l’hémicycle
de la Chambre des députés le 9 décembre 1893, faisant une cinquantaine de blessés légers.
Il sera guillotiné le 5 février 1894.

(4) Sante Geronimo Caserio (1873-1894), boulanger et anarchiste italien, a poignardé
mortellement le président de la République française, Sadi Carnot, le 24 juin 1894
durant un défilé à Lyon. Celui-ci avait refusé de grâcier les anarchistes condamnés à mort.
Caserio sera exécuté le 16 août de la même année.

(5) Condamné à tort pour proxénétisme, Jean-Jacques Liabeuf (1886-1910) se vengea
de cette injustice en tuant et blessant plusieurs policiers. Harnaché de quatre brassards
de cuir, hérissés d’une multitude de clous de sa fabrication, il s’était armé d’un revolver
et de deux tranchets. Il fut guillotiné le 2 juillet 1910.

(6) Anatole Joseph François Deibler (1863-1939), bourreau, succéda à son père au poste
d’exécuteur en chef et occupa cette fonction pendant quarante ans.

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La Vierge noire

Sur la montagne des arts
Où vont, la nuit, tous les gueusards
La Vierge noire est apparue.
-----------------------------------
Elle était de celles qui pensent,
Mais qui pensent dans le silence ;
Elle prônait son idéal
En discernant le bien du mal.
Et dans ce vieux monde infernal
Pour les sans pain, les sans défense
Son cœur débordait d’indulgence
Elle était de celles qui pensent.

Sur la montagne des arts
Où vont, la nuit, tous les braillards
La Vierge noire est apparue.
-----------------------------------
Elle était de celles qui chantent
D’une façon simple et touchante
Ses chants d’amour et de bonté
S’adressaient à l’humanité
Son masque avec sévérité
En marquait l’action prenante,
Sa voix devenait émouvante
Elle était de celles qui chantent.

Sur la montagne des arts
Où vont, la nuit, tous les fêtards
La Vierge noire est apparue.
--------------------------------------
Elle était de celles qui tuent
Mais qui point ne se prostituent
Pour son idée elle a frappé
Et pour, à vos lois échapper
Son bras solidement trempé,
Cela point ne la diminue,
Chercha son cœur sous sa peau nue
Elle était de celles qui tuent.

Sur la montagne des arts
Où sont montés les bondieusards
La Vierge noire est disparue.
-----------------------------------
Pour nous elle reste un apôtre
Tout comme Jésus fut le vôtre
Vous pourrez la supplicier
Et même la crucifier
Nous saurons la glorifier
Sans besoin d’une patenôtre
Son idéal était le nötre
Pour nous elle reste un apôtre.

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Ne votez plus

Guizot faute, l’instant est tel
Que le roi Louis dix-huit abdique,
C’est le suffrage universel,
C’est la deuxième République,
Et depuis Peuple Souverain,
Tu votes, tu votes, tu votes,
Sans te rendre compte mâtin
Que de plus en plus tu barbottes
Voyons messieurs les électeurs
Un peu plus de bon sens en somme,
Ce soir à tous ces beaux parleurs,
Montrez que vous êtes des hommes !

Refrain
Ne votez plus, Messieurs ne votez plus !
Votre malheur est dans la politique,
La politique c’est l’abus, la politique c’est la trique,
C’est le chemin vers l’inconnu
C’est l’esclavage continu
C’est la débâcle, c’est la guerre
C’est l’universelle misère.
Qu’ils soient valets d’un monarque déchu,
Ou larbins des hordes capitalistes,
Ou serviteurs d’un tas d’autres fumistes
Vous êtes, devant vos élus, toujours les éternels tondus,
Balayez donc tous ces intrus,
Et devenez des anarchistes :
Ne votez plus, Messieurs ne votez plus.

II
Je ris des professions de foi
Qui s’étalent sur les affiches
Pour l’empereur ou pour le roi,
Pour les pauvres et pour les riches,
Et dire que tous ces pantins,
Formeront la nouvelle clique
Qui fera fonctionner demain,
Le guignol de la République.
------------------------------------
Allons messieurs les électeurs,
etc.
au refrain

III
La voix de la révolution,
Aujourd’hui des urnes t’éloigne,
Fais d’abord ton éducation
Sans pour cela manquer de poigne
Risque au besoin ta peau, morbleu !
Pour gagner un peu de bien-être
Mais ne la risque pas nom de dieu
Pour te nommer de nouveaux maîtres
------------------------------------
Allons messieurs les électeurs,
etc.
au refrain

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