L’anarchiste
Paroles et musiques de L. Delormel et Garnier

Oui, parfait’ment, j’suis anarchisse,
Je d’mand’ qu’on supprim’ les abus ;
Je d’mand’ à c’qu’on nous fass’ justice…
Non, pas d’justice, y n’en faut plus.

Ça gên’ ceuss’ qu’est dans la mélasse…
La mélass’… d’abord n’en faut plus ;
Les patrons doiv’nt céder leur place
Puis des patrons… y n’en faut plus.

Ils s’font construir’ des grand’s bâtisses,
Les bâtiss’s… d’abord n’en faut plus ;
On log’ra comm’ les écrevisses…
Puis les écreviss’s... n’en faut plus.

Ça sert à nourrir des cocottes,
Des cocott’s. Ah ! non, n’en faut plus ;
Ell’s n’font qu’vous tirer des carottes…
Puis des carott’s... y n’en faut plus.

Tout l’monde y bouff’ra d’la morue…
Non, d’la morue, y n’en faut plus,
Y en a déjà trop dans la rue…
Et puis les rues y n’en faut plus.

On fourr’ des noms d’saints sur leurs plaques…
Des saints… Ah ! non, y n’en faut plus ;
Sauf ceux des femm’s sous leurs casaques…
Mais des casaqu’s… y n’en faut plus.

Les corsag’s… ça me scandalise,
Des corsag’s… d’abord n’en faut plus,
Suffit d’êtr’ vêtu d’un’ chemise…
Et puis des ch’mis’s, y n’en faut plus.

Sur l’plastron des notair’s ça brille,
Puis des notair’s… y n’en faut plus ;
Comm’ des croqu’-morts, on les habille,
Puis des croqu’-morts, y n’en faut plus.

Chacun il s’enterr’ra soi-même,
Des enterr’ments… non, n’en faut plus ;
Faut plus rien… plus d’terr’, plus d’systèm’,
Plus d’homm’s, plus d’femm’s… y n’en faut plus.

Faut qu’y ait plus qu’des socialisses,
Quand l’ démolissag’ s’ra complet,
Eh bien ! nous, les brav’s anarchisses,
Nous rétablirons c’qu’y avait.

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La complainte de Vaillant (1)
ou L’attentat de la Chambre des Députés
Paroles de Xan-Neuf.
Musique d’Emile Spencer.

I
Ecoutez l’histoire triste
Qui vient d’tout épouvanter ;
C’est la vi’ d’un anarchiste,
Anarchiste (bis)
Pour s’venger des préjugés
Qu’il prête à la Société.

II
Avec lui y’a rien à faire
Car avant l’âge de raison
Y f’sait d’la peine à sa mère,
A sa mère (bis)
Et faisait en tout’ saison
Pas mal de mois de prison.

III
Sans souci de la morale,
Pour prouver son amitié 
Chez un copain il s’installe,
Il s’installe (bis)
Quéqu’s jours après, sans pitié
V’là qu’il lui chop’ sa moitié.

IV
Un jour i’ s’ mit en colère
Et dit avec fermeté :
« Nous crevons tous de misère
« De misère (bis)
« Les bourgeois, c’est arrêté,
« Je m’en vais les fair’ sauter. »

V
Il a combiné ses crimes,
C’est un cerveau bouillonnant.
Tant pis, y’aura des victimes.
Des victimes (bis)
Et de plus d’un innocent
Il va renverser le sang.

VI
Il s’en va, rien ne l’arrête :
« Moi, reculer ? Allons donc !… »
Avec un’ bombe bien faite,
Très bien faite (bis)
Cet homme, qui n’est pas bon
S’enfile au Palais-Bourbon.

VII
Dans la tribune publique
On voit un jeune homm’ parfait
Portant pal’tot magnifique,
Magnifique (bis)
Et sur le ventre, il avait
Une bombe qu’attendait !

VIII
A ce moment dans la salle
Y’ avait du chambardement
Une élection illégale.
Illégale (bis)
Et c’était Monsieur Firman.
Qui faisait du boniment,

IX
Il prend la bombe et la lance :
Ah ! malheur ! quel accident !
Ça trouble un peu la séance,
La séance (bis)
Mais avec un air prudent :
« Continuions ! dit l’président. »

X
Les huissiers ferment la porte,
Blessé lui-mêm’, je n’ sais où,
On l’arrêt’, puis, il s’emporte,
Il s’emporte (bis)
En disant : Qu’on m’ coup’ le cou,
« C’est moi qui viens d’ fair’ le coup ! »

XI
C’est’ un crime épouvantable !
Dont on se souvient encor
Mais le jury, c’est probable,
C’est probable, (bis)
Va décider de son sort
En le condamnant à mort !

XII
Ah ! la malheureuse mère,
Qu’un fils vient d’abandonner,
Sa douleur est bien amère,
Bien amère, (bis)
Car il a déshonoré
Un nom qu’était vénéré.

Morale
C’est histoires sont bien tristes,
Quand vous aurez des enfants,
N’en fait’s pas des anarchistes,
D’z’anarchistes, (bis)
Car ça fait des mécontents
Et mourir des innocents.


(Fonds Nettlau, IIHS, Amsterdam.)

(1) L'anarchiste Auguste Vaillant (1861-1894) lança le 9 décembre 1893, de la galerie publique, une bombe remplit de clous dans l'hémicycle de la chambre des députés. Elle éclata en hauteur et fit plusieurs blessés parmi ceux-ci et les spectateurs. Le pouvoir en profitera pour faire adopter les « lois scélérates » qui réprimeront la propagande anarchiste. La première, votée en décembre 1893, crée de nouveaux délits et permet aux autorités d'effectuer des arrestations et des saisies préventives. Vaillant, bien que n'ayant tué personne, sera condamné à mort et guillotiné le 5 février 1894. Des représailles s'ensuivront. Une plaisanterie des compagnons affirmera que Vaillant est la seule personne à être entrée au Palais-Bourbon avec des intentions honnêtes.

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