Tableaux bibliographiques

Femmes anarchistes (2e série)

 

Elise Ottesen-Jensen (1886-1973, biographie).

« Je rêve du jour où chaque enfant né sera le bienvenu, où hommes et femmes seront égaux et vivront leur sexualité dans la passion, le plaisir et la tendresse. »

 

Virgilia D'Andrea (1888-1933, biographie).

« I fascisti sanno di nulla rischiare… / e sono tanto più feroci quanto / più sono vili ; / e tanto più vili quanto più si accorgono / che gli attaccati minacciano di risorgere. »

« Les fascistes savent qu’ils ne risquent rien… / et plus ils sont féroces / plus ils sont lâches ; / ils deviennent plus lâches encore s’ils se rendent compte / que ceux qui ont été attaqués menacent de se relever. »

 

Jeanne Humbert (Jeanne Rigaudin dite, 1890-1986, biographie).

« Au désarmement matériel, jugé essentiel par les pacifistes pour le maintien de la paix, il semblerait urgent de procéder aussi au désarmement démographique, ce que Manuel Devaldès (…) appelait le pacifisme scientifique, le seul qui n'ait jamais été tenté, ni même envisagé jusqu'ici. Pourtant, de tous côtés des appels anxieux s'élèvent et attirent les regards sur cette “marée humaine” qui déferle sur notre globe, et demandent qu'en soit ralentie et même stoppée la montée. Or, voilà plus d'un siècle que, dans tous les pays, les disciples de Malthus ont mis l'humanité en garde contre le fléau présent qu'ils pressentaient, ce qui leur a valu (…) plus de persécutions de la part des pouvoirs publics que de gratitude et de compréhension de la part de la classe qu'ils désiraient éclairer et libérer, n'ayant qu'un but, celui d'instaurer un bon équilibre, une meilleure existence pour tous. » (Les Problèmes du couple, 1982.)

 

Itô Noe (1895-1923, biographie).

« Nous avons souvent entendu que l'idéal du communisme anarchiste est une fantaisie irréalisable. Tout le monde s'accroche à la croyance superstitieuse selon laquelle l'autonomie ne peut être atteinte sans le soutien d'un gouvernement central. En particulier, certains socialistes… se moquent du “rêve” de l'anarchisme. Pourtant, j'ai trouvé que ce n'est pas un rêve, mais quelque chose dont certains aspects ont été réalisés dans l'autonomie des villages hérités de nos ancêtres. Dans certains quartiers reculés où il n'y a pas de prétendue “culture”, j'ai découvert une simple entraide… et une vie sociale basée sur l'accord mutuel. Elle est complètement différente de l'“administration” sous le gouvernement central, étant une organisation d'entraide générée par la nécessité et maintenue en parallèle avec l'administration officielle, existant bien avant qu'il y ait un “organe administratif”. » (« The Facts of Anarchy », Rodo Undo [« mouvement ouvrier »], 1921.)

 

Lucía Sánchez Saornil (1895-1970, biographie).

« C’est pour cela qu’il ne suffit pas de dire : “Il faut faire de la propagande parmi les femmes, il faut les attirer à nos milieux” ; mais nous devons prendre le problème en partant de plus loin, bien plus loin. Les compagnons, exception faite d’une douzaine bien orientés, ont dans leur immense majorité une mentalité contaminée par les aberrations bourgeoises les plus caractéristiques. Tout en se récriant contre la propriété, ce sont les plus enragés des propriétaires. Tout en se dressant contre l’esclavage, ce sont les “maîtres” les plus cruels. Tout en vociférant contre les monopoles, ce sont les plus acharnés monopolistes. (…) Le dernier des esclaves se transforme, une fois franchi le seuil de sa demeure, en un souverain et maître. Un de ses désirs, à peine ébauché, est un ordre catégorique pour les femmes de sa maison. Lui, qui dix minutes avant avalait encore le fiel de l’humiliation bourgeoise, se dresse comme un tyran en faisant sentir à ces malheureuses toute l’affliction de leur prétendue infériorité. » (Solidaridad Obrera, 26 septembre 1935, repris dans Les Mujeres Libres et la question de la « non-mixité », Ravage Editions.) 

 

Mollie Steimer (Marthe Alperine dite, 1897-1980, biographie).

« Je considère le gouvernement bolchevique comme le plus grand ennemi de la Russie. (…) il n’existe aucune liberté d’opinion en Russie. (…) Des milliers de travailleurs, étudiants, hommes et femmes de haut niveau intellectuel, ainsi que des paysans sous-développés, mais intelligents, croupissent aujourd’hui dans les prisons soviétiques. Les autorités déclarent que ce sont des contre-révolutionnaires et des bandits. Bien qu’ils soient le fleuron le plus idéaliste et le plus révolutionnaire de la Russie, ils sont chargés de toutes sortes de fausses accusations devant le monde, tandis que leurs persécuteurs, les “communistes” qui exploitent et terrorisent la population, se disent révolutionnaires, se présentent comme sauveurs de l’opprimé. Derrière une phraséologie révolutionnaire, se dissimulent des actes auxquels aucun gouvernement capitaliste de la Terre ne se livrerait, sans entraîner une protestation immédiate provenant du monde entier. » (Lettre écrite à Berlin en novembre 1923.)

 

May Picqueray (1898-1983, biographie).

« Je crois avoir, pendant ces longues années (qui m'ont paru si courtes) été fidèle à mon idéal, à mes amis, à Louis Lecoin. Que les jeunes (et je pense particulièrement à ceux, nombreux, qui m'ont manifesté leur sympathie, leur amitié, leur estime) reprennent le flambeau, qu'ils s'instruisent, ne ménagent pas leur peine. Si les événements évoluent (et malheureusement pas en bien !), la philosophie anarchiste est toujours d'actualité. Elle est réalisable et c'est la plus belle chose, celle qui apportera à l'homme le bonheur, dans la liberté et la joie de vivre. Vive l'anarchie ! Allez les jeunes ! Allez !… pour l'Amour, la Fraternité, la Liberté ! » (Dernières lignes de May la réfractaire, pour mes 81 ans d'anarchie, reprise en « une » du dernier Réfractaire qui lui était consacré.)

 

Ida Mett (Ida Lazarévitch-Gilman dite, 1901-1973, biographie).

« Les marins de Cronstadt ainsi que les grévistes de Petrograd se rendaient parfaitement compte que l'état économique de la Russie était en connexion directe avec la situation politique. D'ailleurs leur mécontentement était autant provoqué par la famine que par l'état politique. Les prolétaires russes étaient déçus dans leur grand espoir, les soviets, auxquels ils voyaient chaque jour davantage se substituer le pouvoir d'un seul parti, déjà dégénéré par l'exercice du pouvoir absolu et par les arrivistes qu'il avait absorbés. C'est contre le monopole de ce parti dirigeant, unique, qu'ils essaient de réagir dans leur résolution. » (La Commune de Cronstadt, crépuscule sanglant des soviets, 1949.)

 

Amparo Poch y Gascón (1902-1968, biographie).

« La femme nouvelle ne peut pas vivre seulement d'amour. Elle a besoin de chercher et de se retrouver dans diverses activités, dans la profession choisie, dans l'étude à laquelle elle s'est consacrée, en atelier, en usine et à l'université. » (La vie sexuelle des femmes, 1932.)

 

Lola Iturbe (Dolores Iturbe Arizcuren dite, 1902-1990, biographie).

« Seul le régime communiste libertaire peut apporter une solution magnifique et humaine au problème de l'émancipation féminine. (…) Prendre soin et respecter les autres sera la seule morale acceptable. Nous jouirons de l'amour en toute liberté de nos désirs, en respectant toutes les différentes formes de coexistence amoureuse et sexuelle. La femme sera la plus bénéficiaire du changement car, si elle veut habiter les grands hôtels communaux, elle mettra fin aux terribles nuisances du travail domestique. Après avoir terminé vos heures de travail dans le métier que vous aimez le plus, vous serez libre de vous abandonner aux études ou à la récréation. (…) Le travail sera la loi vitale du communisme libertaire : aucune femme ne sera vendue car elle ne sera pas une marchandise (…) De ces générations de femmes libres, saines et sages, naîtra une humanité forte et pleine de vie qui poussera les collectivités vers des formes de coexistence humaine de plus en plus perfectionnées et harmonieuses. Vers l'anarchie… » (« Communisme libertaire », supplément de Tierra y Libertad, juin 1933.)

 

Federica Montseny (1905-1994, biographie)

« Nous voulons détruire l'Etat parce que nous croyons qu'il est à l'origine de tous les maux de l'humanité, et nous voulons le substituer par l'administration des choses, de l'homme jusqu'à la commune et à la confédération des communes ; du producteur jusqu'au syndicat et à la confédération des syndicats, pour parvenir enfin à la confédération des peuples. C'est-à-dire, que nous avons cherché, et peut être trouvé, un moyen d'utiliser les mêmes organismes que les travailleurs en révolte contre le capitalisme ont créé dans cette société, pour organiser la première période de la révolution, en substituant l'Etat et ses organismes par des conseils élus directement par les producteurs et représentant toute la gamme des activités économiques et sociales, conseils qui n'auront aucune faculté directive et qui seront constamment révocables et renouvables. » (« Discussion », 5 décembre 1969, in Les Anarchistes et l'anarchie dans le monde contemporain. Actes de la conférence.)

 

Luce Fabbri (1908-2000, biographie).

« Nous avons dans cette guerre une tâche bien à nous et nous la trahirions par l'identification de notre cause avec celle d'un gouvernement quelconque : nous devons travailler à porter le conflit sur son véritable terrain. La lutte n'est pas entre nations mais entre systèmes ; elle n'est pas verticale comme les frontières, mais horizontale comme les différences hiérarchiques qui aujourd'hui nous étreignent aussi bien sur le terrain économique que politique. Nous devons, certes, travailler à vaincre le fascisme ; mais ne devons pas laisser confondre le fascisme avec une nation et l'antifascisme avec une autre. (…) Notre lutte est révolutionnaire et non pas nationaliste ; (…) elle a pour but non pas le maintien de la démocratie actuelle, mais la construction d'un socialisme antiétatiste, seul à même de sauver la liberté, comme le fascisme est seul à pouvoir sauver le privilège et l'Etat. (« Le cadavre et le monstre », Le Réveil/Il Risveglio clandestin, n° 18, juin 1941). »

 

Marie-Louise Berneri (1918-1949, biographie)

« On peut facilement prédire qu’après cette guerre, il y aura toujours des gens pour parler des horreurs de la Commune et de l’exécution de fascistes, de capitalistes et de prêtres en Espagne. Mais les bombardements de Hambourg, Paris et Londres, ceux de Caen, le torpillage de transports de troupes, la mort dans le ciel de milliers de jeunes gens, la famine et les épidémies ravageant des pays entiers : tout cela sera classés comme des maux nécessaires, des calamités inévitables que l’humanité doit être fière d’endurer. Les révolutionnaires continueront à être des gens assoiffés de sang que l’on ferait mieux de garder enfermés. Et si le choix entre la guerre et la révolution se présentait à nouveau, les chrétiens, les socialistes et les communistes choisiraient sans aucun doute, à partir de principes humanistes, la guerre une fois encore. » (« The Price of War: By Fire and Sword », Paris, 1944, extrait de By Fire and Sword.)

 

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