Juillet-août 2011

PUBLICATIONS

Dans Osons l'utopie. Le fol été des communautés (Les Editions libertaires, 255 p., 15 euros), Christian Dupont nous fait partager son expérience personnelle et revient sur ce mouvement né de l'échec de Mai 68 dont les adeptes voulaient réformer le monde par l'exemple, vivre tout de suite autre chose, modifier les relations entre personnes en se guérissant des maux d'une société autoritaire, inégalitaire et marchande, prônant la seule consommation. Certaines communautés ne durèrent qu'un été, d'autres se sont prolongées, ont évolué avec les individus qui les composaient, initiant le retour à la campagne, l'intérêt pour l'écologie, le néoruralisme… Ne cachant pas les difficultés à se détacher du sentiment de propriété, les problèmes d'ego et de cohabitation, souvent exacerbés par la surveillance policière, l'auteur note aussi les bienfaits pour chacun, l'enrichissement personnel et l'expérience inégalable d'une vie différente, basée sur d'autres valeurs. Tout cela constitue un témoignage lucide et irremplaçable. Frédéric Lavignette, quant à lui, reprenant le procédé de la revue de presse qu'il avait utilisé pour la bande à Bonnot, se livre au « journalisme historique » et retrace avec Histoires d'une vengeance. L'Affaire Liabeuf (Fage Editions, 300 p., 29,50 euros) les faits qui ont conduit en janvier 1910 un ouvrier cordonnier à tuer un gardien de la paix et à en blesser plusieurs autres, sa condamnation à mort et son exécution. Injustement accusé de proxénitisme et emprisonné pour cela, il voulait se venger des deux policiers responsables. Muni de brassards hérissés de clous, d'un revolver et d'un couteau, Jean-Jacques Liabeuf est intercepté par plusieurs agents qui « payent » pour les autres. Dès lors, la presse conservatrice réclame la mort pour cet apache, le renforcement des pouvoirs de la police et la fin des indulgences, discours sécuritaire bien connu et toujours d'actualité. D'autres, tels Gustave Hervé – alors antimilitariste convaincu et pas encore patriote acharné –, les forces progressistes et les révolutionnaires, le considérant comme la victime d'une injustice, dénoncent les pratiques détestables de la police des mœurs et les brutalités des « forces de l'ordre » contre les manifestants et les ouvriers en grève. Si l'on peut être surpris par l'absence du Libertaire, seul L'Anarchie, journal des individualistes, étant cité, le compte rendu est plutôt honnête, très vivant et richement illustré. Métie Navajo œuvre également en journaliste, dans le plus noble sens du terme, tenant le journal de la marche des sans-papiers de Paris à Nice qui réclament leur régularisation à l'occasion d'un sommet de la « Françafrique ». Dans un style poétique et direct, à la ponctuation parfois surprenante, elle nous fait partager la vie de ces travailleurs aux nationalités diverses (beaucoup d'Africains de l'Ouest, un Chinois, des blédards et même des « Trucs et des Krudes »), aux cultures multiples et aux cultes différents, émissaires joyeux d'un monde pourchassé dont on a besoin et que l'on ne veut ni voir ni entendre. Danses et chants variés, disputes bruyantes ponctuent ce voyage fraternel, auto-organisé, où les marcheurs sont accueillis par des « soutiens » (« gens à papiers ») solidaires ou par la haine de quelques-uns. Des histoires rocambolesques et kafkaïennes (le Népalais renvoyé à Bamako, le Guinéen relâché car s'exprimant en arabe, les faux accomplis par de vraies administrations…) nous sont contés par l'auteure qui brosse ainsi La Geste des irréguliers. Sans-papiers sur les routes de France (préf. de Joani Hocquenghem, Rue des cascades, 252 p., 12 euros) et nous livre quelques portraits sensibles (le délégué Bordel, le Général Mahmoud…) et joyaux, tel ce « quelle est la couleur du temps ? » – demande d'un Sénégalais pour connaître l'heure. Autres exclus du système néolibéral, relevant la tête pour s'organiser et résister, ces chômeurs et leurs familles, ces précaires et « employés » sous le seuil de pauvreté barrant les routes depuis 1996-1998 pour réclamer un travail juste et digne qui leur permettra de subvenir à leurs besoins et que l'on retrouve dans L'Argentine des piqueteros, une expérience partageable ? (Editions CNT-RP, 140 p., 15 euros) de Frank Mintz. Les éditions Alternative libertaire ont rassemblé pour leur part, dans Partie remise : le mouvement social de l'automne 2010 (107 p., 8 euros), les analyses et articles produits et diffusés par les militant(e)s de cette organisation pendant les mois de lutte contre la réforme des retraites, ainsi qu'une chronologie des événements et de nombreux textes inédits. Ce mouvement « a réussi à poser des questions aussi centrales que celles du blocage de l'économie, de la grève générale et de la redistribution des richesses. S'appuyant sur des actions directes de masse : blocages de dépôts de carburant, solidarité physique sur les piquets de grève, barrages d'axes de communication, encerclements de zones industrielles…, ayant vu des convergences interprofessionnelles locales se dessiner (…), malgré la défaite, (il) est riche d'opportunités et de perspectives ouvertes pour les collectifs militants ». Après la boucherie de 14-18, alors que le coût de la vie augmente, le patronat de la métallurgie du Havre décide d'une baisse des salaires de 10 % pour satisfaire sa rapacité et augmenter ses bénéfices pourtant conséquents. La grève éclate et durera 110 jours grâce à la combativité des militants syndicalistes révolutionnaires et libertaires, la pugnacité des ouvriers et des familles, et une solidarité exceptionnelle (locale et nationale). Les patrons ne cèderont pas et feront appel à leurs soutiens gouvernementaux. Dès lors, le maire est relevé de ses fonctions de police, le préfet interdit tout rassemblement et la ville se retrouve en état de siège (police, gendarmerie et armée). Les multiples provocations du pouvoir conduiront à cette fusillade du 26 août où quatre ouvriers sont tués et près de cinquante blessés. Les calomnies, une campagne de presse mensongère, les arrestations totalement illégales de nombreux responsables syndicaux vaincront finalement le mouvement. Dans Le Havre, 1922. La grande grève de la métallurgie (Editions CNT-RP, 112 p., 14 euros), Patrick Rannou nous relate avec brio et de façon vivante (signalons également un appareil de notes particulièrement développé) ce mouvement exceptionnel et parfaitement exemplaire, quelque peu oublié, qui s'est déroulé sur fond de division syndicale (CGT et CGTU). Avec ce Précis d'éducation libertaire ou le Livre du « ni maître » (suivi de « Victor Considérant, un utopiste et un éducationniste bien oublié », Editions du Monde libertaire, 122 p., 10 euros), Hugues Lenoir nous livre un « Que sais-je ? » de la « pédagogie autogestionnaire ». Dans un style précis et condensé, il passe tout d'abord en revue les précurseurs et les théoriciens (de Montaigne à James Guillaume, sans oublier Godwin et Proudhon), avant d'aborder les réalisateurs (Sébastien Faure, Francisco Ferrer…) et les expériences : historiques, comme Cempuis et l'Ecole moderne, ou plus proches de nous avec Bonaventure (Oléron) et le Lycée autogéré de Paris (actuellement en lutte pour sa survie). L'auteur dégage ainsi les bases de cette éducation « faite dans l'intérêt de l'éduqué [et] non pas de l'éducateur » (Delaunay, Encyclopédie anarchiste), pour qu'il n'y ait « pas de cerveau sans main, pas de main sans cerveau » (Paul Robin) : la liberté, l'individualisation de l'enseignement, la réflexion critique, le libre examen, le « papillonnage » des activités, le développement permanent, l'expérimentation, l'enseignement intégral (technique, intellectuel, moral et physique), etc. Une bibliographie bien fournie incite le lecteur à approfondir les différents sujets. Suivant en cela Fernand Pelloutier, pour lequel l'éducation est l'un des leviers de l'émancipation sociale, le Syndicat interprofessionnel de la presse et des médias (SIPM) et le Syndicat unifié du bâtiment (SUB) de la CNT région parisienne ont édité une brochure pour évoquer les événements à l'origine du 1er Mai : Chicago, mai 1886. Huit martyrs pour la conquête des huit heures (collectif, La Brochure syndicale, coll. Mémoire syndicale, 45 p., 2 euros [prix indicatif]). Celle-ci est la première d'« une collection de brochures de formation syndicale, portant sur des sujets historiques, de droit social, de fonctionnement de la CNT, etc. Petits formats à prix libre pour faciliter la diffusion large et mettre les savoirs des uns au service de tous, parce que la construction d'un syndicalisme autogestionnaire, révolutionnaire et d'émancipation sociale ne passera que par là : instruire pour révolter, éduquer pour émanciper ». Sont également parus : Confédération nationale du travail. Statuts ; La Charte du syndicalisme révolutionnaire, 1946 (dite charte de Paris) ; Les Institutions de représentation du personnel (IRP) ; Le Contrat à durée déterminée (CDD), 12 p. chacune, prix libre (coût de revient : 0,50 euro). En 1894, devant les francs-maçons de Bruxelles, Elisée Reclus tient une conférence sur l'anarchie dans laquelle il développe sa conception empreinte d'humanisme, de justice, d'égalité, de tolérance et de liberté. Les Editions du Sextant ont récemment réédité ce texte, suivi de « Et maintenant ? » par Isabelle Pivert : L'Anarchie (introd. de Hélène Sarrazin, coll. Les increvables, 96 p., 8 euros). Elle y note fort justement que, « dès la fin du XIXe siècle, les courants de l'anarchisme ont irrigué les sociétés occidentales, nous avons gagné en liberté, égalité, entraide, grâce à la légalisation de contre-pouvoirs et ensuite de protections sociales... Mais aujourd'hui nous vivons dans des régimes de liberté de plus en plus surveillée, des régimes d'inégalités croissantes validées par les pouvoirs publics et privés comme si elles étaient naturelles, et où l'entraide devient hors-la loi... »

 

FOIRE AUX LIVRES, COLLOQUE,
EXPOSITION, THÉÂTRE…

Contre-culture. Au Centre culturel international de Cerisy-la-Salle (Manche), colloque « Les contre-cultures, de la révolution culturelle au dépassement de l'art (1945-2010) », sous la direction de Christophe Bourseiller et Olivier Penot-Lacassagne, du 27 juin (à 19 heures) au 4 juillet (14 heures). « Qu'est-ce qu'une contre-culture ? Comment interpréter le sens général des contestations et des ruptures culturelles de la seconde moitié du XXe siècle ? Comment reconstituer la logique des moments, des tendances et des styles d'expression qui, dès les années 1950, ont bouleversé l'idéologie culturelle des sociétés occidentales ? » Parmi les nombreuses interventions, citons : « De la contre-culture aux contre-sociétés », de Christophe Bourseiller ; « Le théâtre politique d'Armand Gatti », de Catherine Brun ; « La révolution hippie », de Frédéric Robert ; « Alain Ginsberg et la "counter-culture" des années soixante », de Jean-Jacques Lebel ; « Surréalisme et contre-culture », de Jérôme Duwa ; « Le Groupe de recherche musicale et les contre-cultures », de Christian Zanesi ; etc. Programme complet et informations. Formulaire d'inscription et participation aux frais. Courriel : info.cerisy(at)ccic-cerisy.asso.fr - site Internet.

Avignon. Dans le cadre du Festival d'Avignon, du vendredi 8 juillet au dimanche 31 juillet, à 20 h 15, le Théâtre du Rempart présente Sacco et Vanzetti, texte et mise en scène de Loïc Joyez. Avec Cyrille Andrieu-Lacu, René Carton, Anne-Laure Connesson, Thibaut Landier et Martin Verschaeve. Cette pièce a été créée en 2008 au Thâtre Déjazet à Paris. A cette occasion, Le Monde libertaire avait écrit que « l'écriture de Loïc Joyez, qui lie passé et réalité contemporaine, et sa mise en scène en font une pièce originale et convaincante ». Adresse : Théâtre du Rempart, 56, rue du Rempart Saint-Lazare, 84000 Avignon (tél. : 09-81-00-37-48). Site Internet.

Pique-nique. Le groupe Quartier pirate lance des invitations pour un apéro-goûter en plein air le 14 juillet, à Montreuil (Seine-Saint-Denis), parc des Guilands (M° Croix-de-Chavaux), à partir de 17 heures. Venez nombreux ! Blog - courriel : quartier.pirate(at)gmail.com

Eychenat (Ariège). L'Organisation communiste libertaire (OCL) et Offensive libertaire et sociale (OLS) organisent des rencontres ouvertes à toutes et à tous du 25 juillet (accueil) au 4 août. Les débats se tiennent « à la fraîche », à 21 heures, après le repas du soir. Sujets abordés : « Les mouvements sociaux en Europe et aux Etats-Unis par rapport à la crise », « Le prolétariat existe-t-il encore ? Comment s'organiser pour dépasser les centrales syndicales ? », « Education, émancipation, aliénation », « Film : Squat, la ville est à nous », « Les révolutions arabes », « Anticolonialisme et lutte de libération nationale », « La question des énergies », « Le mouvement antinucléaire », « Face aux interventions militaires de l'Occident, quel anti-impérialisme ? », « Le Front national dans le jeu politique, à qui et à quoi il sert… ». Cela se passe dans une ferme en activité, avec camping et parking. La vie quotidienne est collective et autogérée, et les tarifs journaliers s'échelonnent de 5 à 20 euros selon les revenus. Pour plus de renseignements, s'adresser à : OCL, c/o Egregore, BP 1213, 51058 Reims Cedex ; OLS, c/o Mille Bâbords, 61, rue Consolat, 13001 Marseille. S'inscrire et confirmer au plus tard la veille de l'arrivée. Site Internet.

La Belle rouge. La Compagnie Jolie Môme organise, du 29 au 31 juillet, la sixième édition de son festival à Saint-Amant-Roche-Savine (Puy-de-Dôme). Au programme, du théâtre (Résistances, « Tristan 1938 » ; Avenir radieux, une fission française ; Morte ou vive… Vive la Commune !), de la chanson (Sébastien Guerrier, Zone d'expression populaire), des ateliers politiques, du cinéma (Les Nouveaux Chiens de garde, avant-première du film de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat), de la musique (fanfare Les Fils de Teuhpu), un bal (Bringuebal) et… de la fraternité. Sans oublier la sortie officielle du nouvel album de la Compagnie Jolie Môme à La Belle rouge, Paroles de mutins, et un spectacle pour enfants à partir de 3 ans : L'Enfant et l'allumeur de rêves. Le programme complet et les informations pratiques.

« Brassens ou la liberté ». La Cité de la musique rend hommage au poète libertaire (lire biographie et bibliographie) en organisant jusqu'au 21 août une exposition avec des documents inédits, des photographies, des films et des archives sonores peu connus. On peut aussi y entendre des chansons inédites, récemment découvertes, mises en musique par Olivier Daviaud et interprétées par François Morel. Par ailleurs, le dessinateur Joann Sfar a réalisé une série de dessins et de croquis sur l'univers de Brassens qui jalonnent le parcours de l'exposition (un album d'illustrations de 120 chansons, accompagnées des accords et des paroles, est paru chez Gallimard). Infos complémentaires. Espérons seulement que cet hommage à un poète qui aurait eu 90 ans cette année ne se transformera pas en récupération commerciale et ne se traduira pas par un affadissement de celui qui a écrit « La Mauvaise Réputation », « Le Gorille », « Hécatombe », « La Mauvaise Herbe » et bien d'autres titres jugés mal pensants à l'époque. « Le temps ne fait rien à l'affaire », disait-il en parlant des cons, mais, pour la postérité, c'est une autre histoire !

 

DIVERS

En vrac sur le Web (juillet). Alors qu'a lieu à la Cité de la musique de Paris, et cela jusqu'au 21 août, « Brassens ou la liberté », un hommage au poète libertaire, il ne fait pas bon chanter « Hécatombe » devant des agents de police ou un commissariat. Après qu'un habitant de Cherbourg, épris de boisson et de Brassens, eut été condamné le 27 mai par le tribunal correctionnel de Rennes à un travail d'intérêt général de quarante heures et à verser 100 euros à deux policiers pour avoir entonné ce titre depuis son balcon (lire article), les chorales se sont organisées… A Toulouse (8 juin, vingt-neuf personnes interpellées et convoquées au commissariat central, lire sur Indymedia Toulouse), à Paris (18 juin, préfecture de police, une quarantaine de chanteurs et de chanteuses dispersés, deux gardes à vue voir la vidéo de TV Bocal), à Poitiers (21 juin, jour de la Fête de la musique, une vingtaine de quidams réunis devant le commissariat et une interpellation pour « outrage »… par jet de confettis, lire article et vidéos). Les « gardiens de l'ordre » n'ont sans doute pas apprécié les paroles de l'ami Georges : « En voyant ces braves pandores / Etre à deux doigts de succomber, / Moi, je bichais car je les adore / Sous la forme de macchabées / De la mansarde où je réside / J'excitais les farouches bras / Des mégères gendarmicides / En criant : “Hip, hip, hip, hourra !” / Frénétique l'une d'elles attache / Le vieux maréchal des logis / Et lui fait crier: “Mort aux vaches, / Mort aux lois, vive l'anarchie !”… » Liberté d'expression, avez-vous dit ? Lors du dernier Roland-Garros, tous les spectateurs ont été dotés de badges RFID (ou Radio Frequency Identification, soit « puces à radiofréquences ») pour, selon les organisateurs et IBM, lutter contre la vente des billets au marché noir, mieux contrôler les accès, gérer les « flux » et « faire du marketing plus intelligent » (sic). Ce contrôle à distance, qui permet d'identifier et de suivre en temps réel un individu dans une foule, testé grandeur nature à cette occasion, peut faire craindre le pire s'il était généralisé. Il a été dénoncé, entre autres, par le Collectif de solidarité avec les harcelés et les licenciés d'IBM (qui signale aussi le cas de Marie-Christine, « remerciée » après trente-neuf ans d'ancienneté pour... « abus de liberté d'expression »). On peut retrouver ce tract (« Roland-Garros : tous dans les filets d'IBM ! ») et divers articles contre le « puçage » sur le site Hors-Sol. Sur le blog des groupes libertaires René-Lochu (Vannes) et Francisco-Ferrer (Lorient), on peut visionner la vidéo (35 min.) « L'enfermement psychiatrique en question(s) », enregistrement d'une rencontre avec Jacques Lesage de La Haye, psychologue, écrivain, ancien prisonnier et animateur de l'émission anticarcérale « Ras les murs » sur Radio-Libertaire. Le Cercle libertaire Jean-Barrué, adhérent de la Fédération anarchiste, rassemble des militants du département de la Gironde. Il a pris le nom de Jean Barrué (1902-1989) pour rendre hommage à ce militant anarchiste et syndicaliste révolutionnaire bordelais. Sur son site Internet, on peut écouter l'émission « Achaïra » qui est animée par le groupe deux fois par mois sur la radio associative La Clé des ondes. On y lit aussi de nombreux textes classés par rubriques : les chroniques de lecture d'André, le cinéma par Mato-Topé, les infos internationales, l'histoire, la désobéissance civile… Si vous souhaitez vous lancer dans la réalisation de clips vidéo, vous aurez tout intérêt à consulter le guide (PDF, 6 pages, 289 Ko, à télécharger) que le « secteur vidéo » de la Confédération nationale du travail (CNT) vient d'éditer. Il contient plusieurs conseils techniques de base. L'espace autogéré des Tanneries organise du 16 au 24 juillet son traditionnel chantier d'été. Programme complet. Le lieu est né d'une occupation, en octobre 1998, de locaux industriels laissés à l'abandon par la mairie de Dijon. Depuis douze ans, les occupants se sont employés à restaurer, aménager, construire, à leurs seuls frais, une salle de concert, « une bibliothèque, des locaux de répétition, une salle de sports, de cinéma, des ateliers vélo/mécanique, de l'impression et de la sérigraphie, un potager, des projets de médias indépendants et d'informatique libre, une zone de gratuité, des espaces de réunions ». C'est « un espace indépendant et ouvert, qui fonctionne sans hiérarchie ni subventions, (…) un lieu de vie collective en rupture avec l'isolement et l'atomisation des individus. C'est enfin un espace de convergence de luttes, de mise en commun et de pratiques critiques des rapports marchands et de domination ». Mais l'avenir des Tanneries n'est pas forcément rose : un « communiqué de mise au point » a été rédigé alors que la mairie (PS) a fait voter en conseil municipal un budget destiné à pouvoir reloger l'espace autogéré, au grand dam de l'opposition, et que rien n'est réglé : pas de bail pour garantir l'avenir et l'indépendance du lieu. « Rien ne servirait de déménager, si cela impliquait une situation plus précaire encore que par le passé, permettant à la mairie de nous expulser à tout moment, ou une marge d'autogestion plus limitée qui ferait alors perdre au projet son sens et sa singularité de fonctionnement. Nous attendons donc de voir ce qui va avancer sur cet aspect dans la suite des négociations. » En attendant, on peut aller les voir et leur filer un coup de main (courriel : tanneries[at]squat.net).

Les deux chanteurs, Michel et Jean-Paul, sont convoqués devant la « justice » le 30 août pour y répondre de violences envers un agent de la force publique dans l'exercice de ses fonctions. Photos et vidéos de l'action, interviews des personnes poursuivies sont consultables sur le site du groupe Kropotkine. Une souscription est ouverte pour la prise en charge des frais d'avocat (chèque à l'ordre de ANARS, à envoyer à Groupe Pierre Kropotkine, 8, rue de Fouquerolles, 02000 Merlieux-et-Fouquerolles).

Adieu compagnon. Larry Portis, auteur d'une Histoire sociale de la chanson française, d'ouvrages sur le fascisme – entre autres aux Etats-Unis – et sur les IWW (lire bibliographie), est décédé d'un infarctus le 4 juin à son domicile cévenole. Il venait de boucler une tournée de présentation de son dernier titre et s'apprêtait à intervenir à la fête d'Alternative libertaire, à Toulouse, dans le cadre d'un débat sur la montée de l'extrême droite. Né le 3 juillet 1943 à Bremerton (Etat de Washington, Etats-Unis), il grandit dans une famille ouvrière à Seattle (Washington) et à Billings (Montana). De 1958 à 1968, il occupe divers emplois pour subvenir à ses besoins et participe aux luttes des employés de la compagnie des eaux. Cette année-là, il sort diplômé de l'Université d'Etat de Billings où il fut aussi actif sur le plan politique, participant au journal de l'université La Riposte et créant un bulletin clandestin : La Presse libre étudiante. Larry Portis obtient une maîtrise puis un doctorat en histoire en 1975 à l'Université du nord de l'Illinois, soutenant une thèse sur les débuts de la sociologie en France au XIXe siècle. En 1981, il commence à professer à l'Université américaine de Paris, y créant une section CGT, puis dans plusieurs autres universités françaises (Paris-VII, Paris-X, Clermont-Ferrand et Paul-Valéry de Montpellier), dans lesquelles il enseigne la civilisation américaine. Il est membre de 1984 à 1989 de l'équipe éditrice des éditions Spartacus, fondées et dirigées par René Lefeuvre, et participe de 1987 à 2007 au comité de rédaction de la revue de sociologie L'Homme et la Société. En 2002, il est l'un des fondateurs du collectif Les Américains pour la paix et la justice à Montpellier afin de dénoncer la guerre en Irak. Il a écrit de nombreux articles pour divers journaux, magazines et revues, dont Alternative libertaire, Gavroche, Radical History Review, The Industrial Worker, Le Monde libertaire, etc., et pour de nombreux magazines en ligne, notamment CounterPunch, le Blog du film politique et Divergences. Avec sa compagne Christiane Passevant, qui a tenu auprès de lui un rôle important en lisant ses ouvrages et en les enrichissant par ses conseils et suggestions, il est également l'auteur de livres sur la Palestine, le « cinéma enragé » et d'un Dictionnaire des chansons politiques et engagées. Souhaitant sortir l'anarchisme de ses ornières dogmatiques, il n'adhéra à aucune organisation libertaire.

Retour
en haut
 fleche haut
 fleche bas