Le 12 décembre 1969, une bombe éclate devant la Banque nationale de l’agriculture, piazza Fontana, à Milan. Seize morts et une centaine de blessés. Très rapidement, trop, l’enquête s’oriente vers les milieux d’extrême gauche, et plus particulièrement vers les libertaires. L’anarchiste Pietro Valpreda est accusé d’être l’auteur du massacre et le cheminot libertaire Giuseppe Pinelli, arrêté lors d’une rafle, passe par la fenêtre de la préfecture de police, pendant un interrogatoire. Petit à petit, la vérité va voir le jour : si les exécuteurs sont issus de groupes nazis-fascistes, les manipulateurs dans l’ombre appartiennent aux services secrets et aux plus hautes sphères de l’Etat. Il s’agit d’un « massacre d’Etat », s’intégrant dans une « stratégie de la tension », pour un « coup d’Etat rampant ». Tout est dit dans l’ouvrage de Luciano Lanza, pour la première fois traduit en français. Les hommes de main ont tous été consciencieusement acquittés par la justice italienne et les derniers en mars 2004, au moment même où les héritiers de la Démocratie chrétienne, Silvio Berlusconi en tête, réclamaient l’extradition de militants ayant fait le choix des armes suite à la « stratégie de la tension ». De 1969 à 1980, 150 assassinats peuvent être attribués aux groupes d’extrême droite contre 94 pour l’extrême gauche. Deux poids, deux mesures, mais aussi un remarquable télescopage de l’Histoire ! Des faits qu’il est essentiel de rappeler ; ce que cet ouvrage fait excellemment. Indispensable !
« La Ténébreuse affaire de la piazza Fontana », Luciano Lanza, (15 x 21), Editions de la CNT-Région parisienne, Paris, 225 p., 14 euros.